S02E21 - Conspirations & nouvelles théories
L'épisode "Conspirations & Nouvelles Théories" est le 21e épisode de la saison 2 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 46e épisode enregistré par le groupe.
Résumé
La nuit se passe en théories. Neptune soupçonne toujours Timothy d'être Callum, faute de comprendre comment un fils de pêcheur canalise une charge qu'un mage expérimenté n'encaisse pas, et rapproche sa propre broche en tête de mort du calice au crâne de la Confession du Songe Brisé. Someul finit par lâcher ce qu'il gardait : le seigneur Ademar a peut-être été remplacé, et lui-même a perdu tout souvenir d'une mission dans une grotte où l'on signalait un vampire.
À la bibliothèque du collège des mages, les dernières entrées tombent. Le Plénimythe est l'artefact le plus puissant connu, un objet hors du temps qui renferme les réponses à toutes les questions, y compris celles qu'il ne faudrait pas poser : ceux qui l'étudient de trop près y perdent la raison, et son accès dépend du chapitre du Bureau Abscons. Puis, arraché à un mage archiviste qui l'avait oublié, un très vieil ouvrage sur le royaume des esprits : un plan de l'existence où le temps n'existe pas, où dérive l'âme de toute chose, et que peuplent des créatures qui passent chez nous dès qu'une brèche s'ouvre dans le tissu de la réalité. Une brèche trop grande menacerait l'existence même de notre réalité, ce qui donne enfin un sens au cauchemar qui fit interdire la magie des esprits.
Au matin, Véloria se prépare au festival de la Louve mère, et Géraldine en détaille toute la journée : chasse aux loups interdite, tournoi de combattants couronnant les héros de la lune, adoptions d'orphelins, lâcher d'animaux au crépuscule dont un cerf magnifique, pèlerinage blanc dans le bois Chevalier pour cueillir les glaïeuls d'abyssin, procession des lames jetées au brasier, discours de la grande staretz venue de la grande principauté de Makar, lâcher de papillons de nuit. Le prince Léomir devrait y paraître.
Reste à saboter tout cela pour le Chat Borgne, sans toucher aux enfants ni aux mères. Le plan tient en quatre points :
- Chelinka ruinera les fleurs sous une coulée de terre et laissera la chevalière de Josh Davenport au milieu pour l'en accuser
- Someul combattra dans l'arène pour le titre, et la cassera
- Neptune libérera le cerf, ou le rendra invisible, et arrosera la staretz d'algues pendant son discours
- les persifleurs rassembleront tous les orphelins de la ville au Galion pour une grande fête, de sorte qu'il n'en reste aucun à adopter.
Description de l'épisode
Comment Neptune fit tout pleins de théories, comment Someul révéla ENFIN toute sa sombre histoire et comment Chelinka fit des petits cœurs sur le torse poilu de Fyrlinel.
Contenu de l'épisode
Théories du soir
Une petite pluie d'été tombe sur les vitres du collège des mages. Neptune et Someul travaillent à la bibliothèque de l'invisible pendant que Chelinka passe la nuit chez Fyrlinel.
Neptune revient sur une contradiction. Le mage Berthomieux Boisjoli, un mage confirmé, n'a pas encaissé la charge d'un artefact détruit et n'a laissé qu'un cratère. Les traités disent qu'il faudrait un mage expérimenté pour y survivre. Or Timothy est un fils de pêcheur qui n'avait jamais pratiqué. Elle en tire que ce garçon-là est peut-être Callum, quoi qu'on lui ait répondu jusqu'ici.
Someul propose autre chose : Véloria a bel et bien été détruite, et toutes les réalités voisines avec elle, mais Timothy a canalisé la puissance de l'artefact pour les faire basculer dans celle où la ville tient encore debout. Le maître du jeu trouve la théorie assez belle pour le regretter.
Neptune en a une seconde. La Confession du Songe Brisé a pour symbole une lune et un calice marqué d'un crâne, et elle porte depuis toujours une broche en tête de mort dont elle ignore l'origine. Comme elle côtoyait déjà Callum sans en avoir gardé la mémoire, rien n'interdit qu'un des deux camps l'ait vue changer de bord.
Le vampire de la grotte
Someul finit par livrer ce qu'il tenait depuis des épisodes. Il pense que le seigneur Ademar n'est plus Ademar : qu'il a été remplacé par un mage des esprits, ou par un de ces vampires dont on dit qu'ils maîtrisent la magie des esprits. Trop de choses passent pour disparues dans ce monde, et la magie des esprits vient d'en revenir sous leurs yeux. C'est aussi pour cela qu'il avait demandé à la bibliothèque une entrée sur les créatures de la nuit.
Le reste explique la question. Mercenaire d'Ademar, il a été mandaté un jour pour aller inspecter une grotte proche de la capitale du fief, à la suite de rumeurs de villageois : un vampire y sortirait la nuit, menaçant, les yeux rouges. Le seigneur avait envoyé quelqu'un pour faire plaisir aux paysans. Someul se souvient d'avoir marché jusqu'à la grotte. Ensuite, plus rien : ses souvenirs reprennent au service d'Ademar, avec d'autres missions. Il n'a jamais vu de vampire, ni la fin de cette journée.
Le Plénimythe
Il reste des entrées à la bibliothèque, et la première va au Plénimythe, sous prétexte d'un devoir facultatif de Léonard Montgomery sur l'histoire des artefacts.
L'ouvrage tient presque une page entière et commence par un aveu : il est impossible de comprendre pleinement le Plénimythe, et une aberration de vouloir lui adjoindre une définition ou même un fonctionnement. C'est un objet magique hors du temps, dérivant entre toutes les réalités et tous les plans de l'existence, encore mystérieux plusieurs milliers d'années après sa découverte. Les premières traces s'en trouvent dans les écrits du mage séculaire Balthazar Franduchesne, qui écrivait qu'une lecture de mille pages ne semble pas réduire l'ouvrage et qu'une vie n'y suffirait point. Ses écrits ont été retrouvés dans sa tour d'étude, en compagnie de son squelette serrant encore le Plénimythe entre ses doigts.
Après être passé entre les mains de nombreux mages, rois et souverains, après avoir été l'objet de convoitises et le centre de plusieurs guerres, il a été confié à Maurice Pointdunez, premier directeur des mages, qui a érigé la bibliothèque de l'invisible autour de lui.
Il est au croisement de toutes les magies, artefact d'une puissance infinie, outil de construction aux possibilités multiples et de destruction s'il tombe entre de mauvaises mains. On dit qu'il renferme les réponses à tous les secrets ayant existé, existant, ou n'existant pas encore. Des mages renommés y ont consacré leur existence entière sans gratter la surface du mystère. Certains en sont devenus obsédés jusqu'à se laisser mourir, préférant lire plutôt que s'alimenter, et d'autres sont devenus fous en contemplant certaines pages. Les écrits du mage Honoré Duclairon en témoignent : ingénieux et éclairés au départ, ils deviennent au fil du temps désordonnés, puis incompréhensibles, puis un amas de non-sens et de gribouillages. Le Plénimythe renferme les réponses à des questions qui ne devraient pas être posées.
Son accès est aujourd'hui étroitement contrôlé : nul ne le consulte sans l'aval du chapitre du Bureau Abscons, et son emplacement au centre de la bibliothèque le rend particulièrement inaccessible.
Ce qu'il reste à la bibliothèque
Les demandes suivantes tombent à plat, et le groupe apprend au passage ce que les archives ne contiennent pas. Sur les dieux naissants, rien d'intéressant. Sur le chapitre du Bureau Abscons, une liste des mages qui s'y sont succédé et de leurs hauts faits, tapisserie refaite et tableaux changés de place. Sur Balthazar Franduchesne, de quoi tout savoir de la vie d'un mage séculaire et rien de plus.
Sur Lothair Beybrooke, la réponse est plus instructive : c'était un archimage de la magie des esprits, et les ouvrages traitant de cette magie ou écrits par ses praticiens ont été détruits. Il ne reste donc rien de lui. Sur la Confession du Songe Brisé non plus : on n'écrit pas sur un groupe obscur de mages dissidents.
Le royaume des esprits
C'est finalement le royaume des esprits qui débloque la dernière entrée. Le mage archiviste commence par répondre qu'il n'y a rien, s'arrête au milieu de sa phrase, part, se perd un long moment dans les allées, et revient avec un très vieux volume aux pages qui s'effritent, qu'il tourne avec précaution : Une brève histoire des réalités, du mage Stéphanus Autoroche, un ouvrage qui a échappé aux destructions.
Le monde des esprits, ou royaume des esprits, est un monde occulte dans lequel réside l'âme de toutes les choses. C'est une réalité obscure, un autre plan de l'existence où le temps est absent et où dérivent les esprits des morts comme des vivants. Il est aussi peuplé de créatures difformes, immondes et dangereuses, qui trouvent le chemin de notre monde dès qu'une brèche s'ouvre dans le tissu de la réalité : les esprits des affres, âmes malveillantes sans corps qui se nourrissent de la peur pour prendre forme chez nous, en font partie.
Grâce aux artefacts des esprits, les mages de l'esprit connectent les deux mondes et ouvrent un passage pour invoquer des créatures, influer sur l'âme des choses ou manipuler le tissu de la réalité. Les ponts qu'ils créent sont des brèches infimes. Une brèche trop grande, laissant passer de nombreuses créatures, serait une catastrophe et menacerait l'équilibre et l'existence même de notre réalité. On ne sait presque rien de plus, et le reste est spéculation.
Le rapprochement se fait aussitôt : le cauchemar que tous les mages et souverains firent la même nuit, ce monde englouti par le royaume des morts depuis une porte dans le ciel, c'était une brèche trop grande. Les créatures d'Agener en venaient, et Callum s'est évadé en manipulant le tissu de la réalité, non en lançant un sort.
Le maître du jeu profite de l'occasion pour refaire le point sur les artefacts, la table s'y perdant : on ne pratique pas la magie sans se trouver à portée d'un artefact. Certains, petits, se portent sur soi. D'autres, énormes, enfouis sous une montagne, couvrent des dizaines de kilomètres. Le bergara coupe cette portée. Loin de tout artefact, un mage ne peut rien. Les artefacts de l'esprit fonctionnent de la même façon, à ceci près qu'ils ne contiennent pas de puissance : ils ouvrent une porte, et les mages de l'esprit puisent directement dans le royaume des esprits.
Le festival de la Louve mère
Le matin trouve la ville en effervescence. Les portes se garnissent de branches de sapin, on tresse des couronnes de glaïeuls d'abyssin et d'ipomées blanches, et sur la grande place des Temples on monte une estrade et une arène de bois avec ses gradins. Ce soir, à la pleine lune, Véloria fête la Louve mère.
Au petit déjeuner du Cheval effronté, Géraldine encaisse la semaine, sept deniers au tarif des habitués alors que les prix montent avec l'afflux de voyageurs, et note que le commerce marche fort depuis que ses écuries sont les plus propres du quartier. Puis elle tire une chaise et raconte tout.
La Louve mère est la patronne des héros blessés au combat, de la forêt, de la lune, des ténèbres et des enfants, et le festival met l'accent sur les combattants, sur la lumière qui guide dans l'obscurité, et sur les orphelins. Le mois du festival, la chasse aux loups est interdite dans tout le royaume, sous peine de grosses amendes voire de prison.
Toute la journée, des combattants s'affrontent dans l'arène de la place des Temples. Les vainqueurs sont couronnés héros de la lune, grand prestige, et les vaincus blessés au combat sont célébrés aussi : c'est une marque d'honneur que d'avoir continué malgré la blessure. La journée est aussi placée sous de bons auspices pour adopter, et le temple de la Louve mère, qui tient plusieurs orphelinats en ville, voit défiler les familles.
Au crépuscule, on relâche dans la forêt les lapins, chevreuils et mulots capturés la semaine d'avant, en offrande, et parfois un cerf quand on a réussi à en prendre un. Cette année, un chasseur s'est vanté partout d'en avoir capturé un magnifique, gardé aux écuries du temple : le prendre la semaine du festival passe pour un excellent présage, et la moitié de la capitale viendra le voir partir.
À la nuit, des pèlerins munis de bougies et de paniers montent au bois Chevalier cueillir les glaïeuls d'abyssin, plantés là des mois plus tôt pour éclore exactement sous la pleine lune du festival. Une flamme vacillante par personne, aucune autre lumière, et le silence complet, la plupart des moines de la Louve mère ayant fait vœu de mutisme : c'est le pèlerinage blanc, un moment de calme pour embrasser les ténèbres de la forêt et se souvenir que la déesse guide à travers l'obscurité. La légende veut qu'on devienne muet pour avoir vu la Louve mère sur un champ de bataille.
Sur la place, on allume de grands feux de branches de sapin, et l'on vient jeter dans un brasier une lame qui a déjà planté un ennemi : cela vaut une bénédiction pour soi et une malédiction pour l'adversaire, au prix du sacrifice de l'arme. C'est la procession des lames. Le roi y faisait bénir son épée, coutume perdue depuis que Théodorique Ier se désintéresse de ces choses. On attend en revanche le prince Léomir, son frère, parce que la grande staretz de la Louve mère a fait cette année le déplacement depuis la grande principauté de Makar pour présider elle-même la cérémonie, en pleine négociation d'alliance.
Quand la lune est au plus haut, on éteint toutes les lumières de la capitale, qu'elle seule éclaire, et la staretz s'adresse à la foule. Si les auspices sont bons, les loups se mettent à hurler. Le discours fini, on lâche les papillons de nuit élevés toute l'année dans de gros bocaux au temple, créatures de la nuit que la lumière guide. Les moines muets bénissent ensuite les bébés en déposant des glaïeuls dans leurs berceaux et en jetant des pétales sur les enfants. Et à minuit, les mères de famille arpentent leur maison en jetant derrière elles, sans se retourner, des aiguilles de sapin séchées, pour repousser les ennemis et s'attirer la protection de la déesse, en terminant impérativement par une poignée jetée devant la porte, refermée sans sortir.
Géraldine précise au passage le rang de la Louve mère : ce n'est pas la divinité principale, le dieu le plus vénéré du continent restant le Corbeau cramoisi, mais son festival rassemble beaucoup de monde.
Le plan
Reste à saboter tout cela, comme le Chat Borgne l'a demandé à Neptune. La discussion pose d'abord des limites : on ne touche pas aux orphelins, ni aux bébés, ni aux mères. Chelinka trouve l'affaire moralement délicate, tous ces gens venant simplement faire bénir leurs enfants, mais il lui est rappelé qu'elle protestait moins à Agener.
Le plan finit par tenir en cinq points. Chelinka ruinera les glaïeuls du bois Chevalier avant la cueillette, en les enfouissant sous une coulée de terre plutôt qu'en les brûlant, et laissera au milieu la chevalière de Josh Davenport pour qu'on l'en accuse : cela sème la discorde et débarrasse le groupe d'un bijou encombrant. Someul s'inscrira au tournoi, où il veut le titre de héros de la lune, et se servira de ses adversaires pour démolir les planches de l'arène. Participer lui donne en outre l'alibi le plus simple. Neptune libérera le cerf avant l'heure, ou le rendra invisible si elle n'y arrive pas, et fera de même avec les autres animaux si l'occasion se présente. Pendant le discours de la grande staretz, invisible, elle ouvrira la bague Propre éclat pleine d'algues sur la staretz et sur la foule, ce qui éteindra peut-être les brasiers au passage. Enfin, les persifleurs battront la ville pour rassembler tous les orphelins qu'ils croisent et les inviter le soir même à une grande fête au Galion : aucun enfant à adopter le jour de la fête des orphelins, et de quoi les nourrir puisque la guilde des Cuistanciers s'y est engagée.
Facts
- Le maître du jeu précise que ses résumés d'ouverture n'ajoutent jamais rien : il n'y dit que ce que la table sait déjà, quitte à reprendre une erreur qu'elle a commise.
- Il s'est inspiré de pages encyclopédiques sur les fêtes grecques pour bâtir le festival de la Louve mère, en y mettant le plus de coutumes possible pour laisser à la table de quoi choisir.
- La première version de son système de jeu n'avait pas de classes : on pouvait tout tenter. Les testeurs se disant perdus faute de savoir ce qu'ils pouvaient faire, il a ajouté les classes pour orienter les possibilités.
- Il craignait que la table quitte Véloria sans avoir consulté toutes ses entrées de bibliothèque, et avait prévu une annexe des mages ailleurs pour rattraper le coup.
- Le tavernier a l'oreille chatouilleuse : un erratum est annoncé en ouverture, la chanson citée quelques épisodes plus tôt est de Philippe Lavil et non de Bernard Lavilliers.
- L'équipe annonce sa présence au festival Octogone, à Lyon, le premier week-end d'octobre, sans stand mais en déambulation.
Références
https://open.spotify.com/episode/6INuaD3SluXxiJLN317Jaf?si=HYAj-eQZTv-DeJ5T3ePEWQ