S03E28 - Dans la toile de l'araignée
L'épisode "Dans la Toile de l'Araignée” est le 28e épisode de la saison 3 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 91e épisode enregistré par le groupe.
Résumé
Chelinka retrouve enfin Tilika, vivante, dans la chambre au bout du passage secret. Les murs y sont couverts de centaines de broderies qui racontent toute leur aventure, scène par scène, jusqu'à celle qu'elle brodait à leur arrivée : deux femmes qui se retrouvent et se prennent dans les bras. La dernière achevée montre un dirigeable qui s'approche d'une tour.
Dans un couloir, Jaspe leur amène Saoirse Keller et s'en va. On lui tend le carnet d'Aliénor : elle le lit à la lueur de la lune, puis marche droit sur le bureau d'Irena von Kamerling et le jette sur sa table. La comtesse nie, accuse les ambassadeurs de faux, puis avoue : le frère de Saoirse était un obstacle, elle l'a fait pour elle. Une gifle, une couronne par terre, et la connétable quitte Sabrenas en emportant son dirigeable. Irena, elle, promet de réduire Véloria en cendres.
Le temps de faire évacuer par bateau tout ce que l'ambassade compte de monde, Abigail annonce qu'elle reste : Rickard veut faire d'elle son héritière, et la prochaine vipère azurine.
En haut de la grande horloge, Thorpe contemple sa machine achevée, quatre ampoules vertes allumées. Il raconte tout. Il y a dix-sept ans, l'invocation ratée de l'Araignée par Neptune l'a laissée coincée entre deux temps, et elle s'est réfugiée dans le corps d'un nouveau-né : Tilika. Il a passé des années à la retrouver, a vendu à Irena la puissance d'une enfant de la nébuleuse habitée par un dieu aïeul, et a obtenu son financement puis son enlèvement. Le pouvoir arraché par la peur était trop instable : il a ouvert un portail, mais loin d'ici, sous Agener. Alors il a fait construire une machine pour le canaliser, et les boucles lui ont fourni une décharge d'énergie à minuit pile, chaque soir, à étudier. Sa magie apprivoisée doit donner à Irena une armée invincible, lui livrer le collège des mages en ruines, et lui permettre d'achever l'invocation avec le Plénimythe.
Il abaisse le levier, rajeunit sous leurs yeux en puisant l'énergie de Tilika, et attaque. Il pare tout, se soigne seul, brise la ceinture de la Louve mère et plante une roue crantée dans le flanc de Someul. Le point faible, ce sont les ampoules, et il faut le distraire pour les atteindre : un rouage dévié par le vent, une bordée de canon du dirigeable, une volée de rouages propulsés, et enfin, sorti d'un fumigène, un Captain Croc-en-jambes dans la dernière.
La machine explose, la tour prend feu. Saoirse tend une passerelle depuis le dirigeable. Thorpe jaillit des décombres et saisit Neptune, le corps coincé entre deux temps, à moitié vieux et à moitié mort, pour lui lâcher trois mots : votre père, Callum. La main mécanique de la connétable l'arrache à lui, le dirigeable prend de l'altitude, et la grande horloge s'effondre sur elle-même.
Description de l'épisode
Comment Someul enfuma les rouages, comment Chelinka fit un grand bruit et comment Neptune perdit sa faucille.
Contenu de l'épisode
Les broderies
La porte du bureau de Thorpe n'était même pas fermée, et Stan la pousse après avoir trifouillé la serrure pour rien. Le bureau est vide, dans la pénombre, et le livre ouvre le passage.
Au bout du couloir, la chambre : un lit à baldaquin de bois sombre, un bureau ouvragé, des bibliothèques, et près d'une fenêtre étroite un fauteuil où une jeune fille regarde la nuit, une grande tresse châtain tombant sur le dossier, une broderie inachevée sur les genoux. Tilika se retourne, laisse tomber son ouvrage, porte les mains à sa bouche, et court se blottir contre Chelinka en la suppliant de ne plus jamais la laisser.
Pendant ce temps, les murs. Ils sont couverts de centaines de petits carrés brodés, et chacun est une scène : une forteresse dans la neige où arrive un chariot, trois silhouettes dans une ville enneigée, un château sombre sous une bouche de lave, un combat dans une cour, une cité au soleil levant, un homme aux cheveux bouclés qui s'élève dans les cieux entouré de lumière verte, un mariage, une négociation sur les rives d'une île, un collier attrapé dans une arène en délire, et une tour vers laquelle se dirige un dirigeable. Toute leur aventure, dans l'ordre. La broderie tombée du fauteuil montre deux femmes qui se retrouvent et se prennent dans les bras.
Tilika explique comme elle peut : elle voit des choses dans sa tête, alors elle les brode, comme d'autres composent de la musique. Elle a dix-sept ans, elle n'a jamais quitté cette pièce depuis son enlèvement, elle n'a vu personne d'autre que Thorpe, et elle ignore ce qu'elle porte en elle. Au début il a essayé de lui faire peur et de la mettre en colère, et quelque chose est sorti d'elle. Depuis, il était plus doux et lui faisait faire des exercices de concentration tous les jours. Sauf aujourd'hui : aujourd'hui, il n'a rien fait, il est venu la remercier et l'a prévenue que des gens viendraient la chercher.
Le carnet sur la table
Dans le couloir qui mène à la tour, des éclats de voix : Jaspe arrive avec Saoirse Keller, qui ne comprend pas pourquoi on l'amène là en pleine nuit. L'occulte annonce que les ambassadeurs voulaient lui toucher un mot au sujet de son frère, leur souhaite de ne pas perdre le fil de la conversation, et disparaît au coin du couloir.
La conversation commence mal et se rattrape sur un conseil que Magdalena Hart lui a donné dans une boucle qu'elle n'a pas vécue, se méfier de la confiance autant que des ennemis, ce qui la fait tiquer : comment peuvent-ils savoir ça ? Ils lui donnent des nouvelles de son frère, rencontré à la prison d'Agener, et sa consigne de ne pas tenter de l'en sortir pour ne pas l'y rejoindre. Puis on lui tend le carnet d'Aliénor.
Elle va le lire adossée à une rambarde, à la lueur de la lune, fronce les sourcils, referme le carnet et demande d'où il vient. Puis Chelinka lui montre Tilika, cachée dans son dos jusque-là, et lui dit qu'elle lui en doit bien une. Saoirse secoue le carnet, pensive, et leur dit de la suivre.
Elle les mène par des couloirs qu'ils n'ont jamais pris, jusqu'aux appartements de la comtesse palatine, entre des dizaines de gardes qui s'écartent devant elle et jettent aux Véloriens des regards dubitatifs. Elle pousse violemment deux grandes portes et jette le carnet sur le bureau d'Irena von Kamerling, qui sursaute au milieu de sa correspondance.
La gifle
Irena feuillette, blêmit, referme, pleure. Puis nie : c'est absurde, ce sont eux, ils la manipulent, ils ont falsifié ce carnet. Saoirse pose les mains sur le bureau et la regarde droit dans les yeux, et le visage d'Irena change. Elle jette le carnet : on ne fait pas la guerre avec un frère végétarien qui veut libérer les paysans, il était inutile, il était un obstacle, elle l'a fait pour elle, pour qu'elle prenne la place qui lui revient à ses côtés. Une fois Véloria écrasée, on ira le chercher.
La gifle part, folle de rage et de chagrin. Irena tombe de sa chaise, sa couronne roule par terre, elle essuie ses lèvres ensanglantées et riposte : la connétable n'est rien sans elle, c'est elle qui paye ses gadgets et son armée. Saoirse se relève, annonce qu'elle quitte Sabrenas et n'a besoin de personne, et tourne les talons.
Irena se redresse en s'appuyant sur son bureau, la rage folle aux yeux : ce sont eux qui l'ont retournée contre elle. Elle réduira Véloria en cendres, leur roi jettera sa couronne à ses pieds et suppliera qu'on épargne sa misérable vie, leur peuple périra dans d'atroces souffrances, et le royaume sera effacé des livres d'histoire. Elle appelle les gardes pour faire arrêter la connétable : un geste de la main de celle-ci, une flamme bleue jaillit, et les gardes sont projetés en arrière. Recroquevillée dans un coin de son bureau, des larmes de rage sur le visage, Irena les regarde partir, et on lui souhaite d'arriver un jour à se pardonner.
Dans les couloirs, Saoirse reconnaît sa dette : elle les fera sortir du palatinat et prend son dirigeable en paiement. Rendez-vous en haut de la tour dans trente minutes, avec ou sans eux. Dans quelques minutes, Irena aura lancé toutes les patrouilles à leurs trousses. Ils peuvent avertir des gens, pas en emmener.
Les adieux
Dans leurs quartiers, tout le monde est réuni. Assaf se charge personnellement de faire sortir par bateau et de ramener sains et saufs à Véloria tous ceux qu'on lui confiera, en meilleur contrebandier du khalifat de Sapajou qu'il est, et il ne demande qu'à savoir si c'est la guerre : c'est la guerre. Ses ordres partent en quelques secondes.
Tristram veut d'abord monter dans le dirigeable, puis propose de prendre plutôt Théobald avec lui par la mer : personne ne sera en sécurité à Véloria, et il se charge de la garde personnelle du cousin royal. Les adieux se font au bras serré, front penché : c'était un honneur d'être sous sa protection, et sa loyauté n'a jamais été mise en doute dans aucune boucle. Cera les prend dans ses bras et repart vers sa propre quête.
Abigail, elle, reste. Elle a beaucoup parlé avec quelqu'un à la soirée des ambassadeurs, quelqu'un qui n'a pas d'héritier à Sabrenas et qui veut faire d'elle le sien : Rickard. Il la présentera comme une cousine lointaine, lui apprendra ce qu'il fait le jour et ce qu'il fait la nuit, et elle sera la prochaine vipère azurine. On lui souhaite tout le meilleur, on s'excuse de ne pas s'être occupé d'elle autant qu'on aurait voulu, et on lui dit que la guilde des Persifleurs répondra si elle siffle.
Théobald repart content d'avoir vu du pays, avec un livre chapardé à la bibliothèque du palais sous sa cape, un clin d'œil, et le conseil de se méfier de son oncle. La pièce se vide, et il ne reste plus qu'eux. Chelinka fait un détour par la chambre voisine pour renverser la bibliothèque une dernière fois, se frotte les mains, et ils s'en vont.
La machine achevée
La ville est plongée dans la pénombre, l'orage gronde, et une masse perce les nuages noirs au-dessus des toits : le dirigeable approche de la tour. Ils traversent la place, entrent dans la grande horloge et montent en courant. Devant une fenêtre, Chelinka reconnaît l'éclat d'avenir attrapé chez Jaspe : c'est cette montée, et ce dirigeable.
En haut, sous le cadran, Thorpe contemple sa machine. Elle est terminée, et les quatre ampoules sont allumées, pulsant d'une lumière verte qui baigne la pièce. Il les attendait.
Il raconte tout, et cela commence par eux. Il y a dix-sept ans, c'est lui qui a montré à Neptune où trouver l'information dans le Plénimythe, sans savoir si elle irait jusqu'au bout. Elle a failli invoquer l'Araignée et l'invocation n'est pas allée à son terme. Le dieu s'est retrouvé bloqué entre deux espaces de temps et, pour survivre, a trouvé refuge dans ce qu'il a pu : le corps d'un nouveau-né, Tilika.
Il a cherché des années, c'est l'œuvre de sa vie. Une fois assez d'informations réunies, il est allé voir la comtesse palatine et lui a vendu la puissance contenue dans une seule enfant de la nébuleuse habitée par un dieu aïeul : elle a financé, Tilika a été capturée, et il a eu la confirmation qu'il cherchait. Arracher l'énergie par la peur et la colère ne donnait rien de maîtrisable : l'énergie est trop volatile, trop puissante. Il a réussi à ouvrir un portail l'espace d'un instant, mais pas où il voulait, à des kilomètres, dans les montagnes de Véloria, sous Agener, et il ne sait pas ce qui en est sorti. Alors il est allé voir Alexander Faust et a fait construire une machine pour canaliser le pouvoir, tout en apprenant à Tilika à le contrôler. C'était lent, et Irena s'est impatientée : l'arrivée des ambassadeurs lui a valu l'ordre d'accélérer, et de revenir à des méthodes plus conventionnelles.
Puis il y a eu la première boucle, et les suivantes. Une vague d'énergie inouïe, à minuit pile, tous les soirs, à la même heure : de boucle en boucle, il a étudié cette magie et appris à la canaliser. Ce qu'il a inventé, il l'appelle une magie apprivoisée que tout le monde peut utiliser, la rencontre de la magie et de la technologie. La machine donnera à Irena l'armée la plus puissante du monde connu, il regardera le collège des mages tomber en ruines fumantes, et il se servira du Plénimythe pour achever l'invocation. Sa raison tient en trois phrases : le collège a décimé les mages de l'esprit, fait tuer des enfants et des gens sans défense, et volé sa vie. Que Véloria y passe ne lui coûte rien : il ne voit pas pourquoi il accorderait de la valeur à des vies qui n'en ont apporté aucune à la sienne.
La dernière ampoule
Il abaisse le levier. Les ampoules s'embrasent, une onde verte s'infiltre sous sa peau, ses rides s'effacent, son corps se redresse, ses muscles se gonflent, ses cheveux blancs deviennent une crinière sombre. Neptune reconnaît alors précisément l'homme de son rêve, celui du monastère. À côté d'elle, Tilika hurle en se tenant la tête : il puise son énergie en elle.
Le combat est à sens unique. Le coup de poing de Someul lui déboîte la mâchoire, qui se remet en place seule. Le carreau de la canard-balette est figé en vol d'un geste, la boule de feu de Chelinka vaporisée avant d'atteindre une ampoule. Il détache d'un doigt la ceinture de la Louve mère du cou de Someul pour l'étrangler et le traîner vers les escaliers, et Someul doit la déchirer en morceaux pour s'en libérer. La faucille de Neptune, propulsée par le vent, traverse son mollet : il l'arrache, la jette, et la plaie se referme. Il fait exploser le cadran de l'horloge et retourne les éclats de verre contre eux, qu'un bouclier de pierre arrête. Il fige Someul en pleine course d'une main posée et lui plante une roue crantée dans le flanc de l'autre. Il repousse même le dirigeable d'un geste.
Le point faible, ce sont les ampoules, et il ne les protège que s'il voit venir le coup. Il faut donc frapper à plusieurs endroits à la fois. Un rouage qu'il fait tomber sur Neptune est dévié par une bourrasque et écrase la première ampoule. Neptune, qui a déchiré sa chemise, attire depuis le bord du cadran l'attention de Saoirse en rallumant sa bague et lui désigne la machine : une bordée de boulets traverse la tour, fracasse les rouages et emporte la deuxième. Une volée de rouages propulsée au vent fait sauter la troisième.
Il ne reste qu'une ampoule, et la rage se lit sur ses traits. Il se précipite sur Chelinka, l'agrippe au cou et la jette par le cadran, mais elle se rattrape en vol par la magie de l'air, revient à travers le cadran juste à côté de la dernière ampoule, et se fait immobiliser par des rouages transformés en tentacules. Alors Someul craque son dernier fumigène, et de l'étage empli de fumée sort un cri : la posture Captain Croc-en-jambes se matérialise, le pied entre en contact avec l'ampoule, qui se craquelle et se brise.
Votre père, Callum
La machine explose en une boule de feu verte qui détruit l'étage. L'onde de choc les écrase dans les décombres, des centaines de rouages tombent en éventrant le plancher, l'étage est en feu, la moitié des murs abattue, et l'horloge gémit. Saoirse approche le dirigeable du cadran, tend une passerelle de bois et leur fait de grands signes.
Ils attrapent Tilika et sautent un par un. Neptune fait passer tout le monde, et c'est au moment de monter que Thorpe jaillit des décombres et l'envoie valser au sol avec lui. Son corps est resté coincé entre deux temps, à moitié jeune et à moitié vieux, à moitié vivant, les traits déformés par la magie et par la rage. Il se hisse vers elle : ils ont détruit l'œuvre de sa vie, volé sa vengeance, et l'ont envoyé ici pour mourir. Comment elle, entre toutes, a-t-elle osé lui faire ça ?
Puis il ajoute qu'elle fait honte à son père. Tout ralentit, le rugissement du feu s'éteint, et elle l'entend prononcer trois mots : votre père, Callum.
La main mécanique de la connétable la saisit par la nuque et l'arrache en arrière sur la passerelle. Le dirigeable prend de l'altitude, et la dernière chose qu'ils voient dans le trou béant entouré de flammes est Thorpe qui se relève et fixe l'appareil. Puis la tour s'effondre, une gerbe de flammes illumine la nuit, les étages sont entraînés vers le sol en se repliant comme un château de cartes, et un panache de fumée noire monte vers le ciel. En une fraction de seconde, la fierté de Sabrenas n'est plus qu'une montagne de débris de métal et de cendres fumantes.
Trop faibles pour bouger, ils regardent les lumières de la ville diminuer. À côté d'eux, Saoirse résume la mission : il n'y a pas à dire, ils sont sacrément forts pour les négociations pacifistes.
Facts
- La saison avait une autre fin prévue. C'était Thorpe qui devait changer de camp, mesurer ce qu'il avait fait subir à Tilika et se sacrifier pour couvrir leur fuite, mais l'attachement de la table à Saoirse Keller a fait basculer le retournement sur elle.
- Toute une voie de négociation est restée fermée faute d'avoir été empruntée : Rickard achetait les tonneaux de cidre d'Assaf pour soudoyer les conseillers, et il était possible de retourner le conseil un membre après l'autre avant un débat en hémicycle devant Irena.
- Un combat contre Lars devait précéder celui de la tour et a été coupé du scénario par manque de temps.
- Les bijoux achetés en saison 2 cessent de fonctionner : le maître du jeu avait prévenu qu'il fallait les recharger une nuit entière à la lumière de la lune, ce que personne n'a fait.
- La règle des combats de fin de saison se répète : le boss a un point faible qui luit en vert, et il faut le distraire sur plusieurs fronts pour l'atteindre. Thorpe réussissait ses jets jusqu'à 90 et jouait une action de plus à chaque tour.
- La théorie de Neptune fille de Callum circulait sur le Discord bien avant l'épisode.
- La saison 4 se déroulera au Jarrier, fief de montagnes et de forêts de sapins où le groupe n'est jamais allé, et sera l'avant-dernière de la campagne.