S03E12 - Les grands de Sabrenas
L'épisode "Les Grands de Sabrenas" est le 12e épisode de la saison 3 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 75e épisode enregistré par le groupe.
Résumé
Reçus dans la cour du palais par Rickard, un des grands de Sabrenas passionné d'armes, les ambassadeurs découvrent la hacquebute. Chelinka met sa balle dans la cible du premier coup et devient la seule du groupe à savoir s'en servir.
Pendant ce temps, Eriksen parle à Neptune plus librement qu'au milieu de la réception. Les grands sont divisés sur la guerre contre Véloria : chaque souverain de Sabrenas en a rêvé sans jamais la faire, mais Irena von Kamerling est la première à sembler vouloir aller jusqu'au bout, poussée par les grands les plus proches d'elle. Lui et Rickard sont du camp qui veut l'éviter, ce qui a valu à Eriksen d'être exclu du cercle privé de la comtesse et envoyé au port accueillir les Véloriens en guise de punition. Il prévient : l'égalité devant la justice dont Sabrenas se vante est une façade, le palatinat vit de passe-droits et de disgrâces, et les ambassadeurs y ont peu d'alliés.
Il leur apprend aussi que Saoirse Keller et son frère sont arrivés il y a plusieurs années avec beaucoup d'argent, qu'ils ont financé la recherche d'armes du palatinat, et que c'est Irena qui leur a soufflé de frapper Véloria par en dessous plutôt que de se contenter d'inventer. L'attaque de la prison d'Agener vient donc bien du palatinat. Pour se repérer à Sabrenas, Eriksen conseille Jaspe, un mage que rien ne rattache à un camp, et la Vipère azurine, qui fait sa loi sur les quais. Rickard s'en offusque et renvoie plutôt à Orban, chef de la guilde des marchands et maître des docks.
De retour à la réception, Lars raille Someul sur son embonpoint et lui propose une passe d'armes. Pendant l'opéra donné en l'honneur des ambassadeurs, Someul voit la comtesse quitter la salle, la suit dans les couloirs et surprend une conversation : elle a investi des centaines de pistoles d'or dans un projet dont elle exige les résultats dès ce soir. Une main lui plaque alors un mouchoir imbibé sur le visage. Il a le temps d'invoquer Captain Croc-en-jambes, qui va faire un croche-pattes à Neptune pour donner l'alerte, avant de disparaître.
Description de l'épisode
Comment Someul fut victime de sa curiosité, comment Chelinka se découvrit une passion pour les longues flutes en fer étrange et comment Neptune en apprit davantage sur la politique intérieure de Sabrenas.
Contenu de l'épisode
Une leçon de tir dans la cour du palais
L'homme avec qui Eriksen discutait à la réception est Rickard, un des grands de Sabrenas : un homme d'un certain âge, bien bâti, barbichette et tempes grisonnantes, qui parle fort, serre les mains longuement et appelle tout le monde « mon garçon ». Passionné d'armes, il propose une démonstration sur-le-champ, claque des doigts, envoie le page Estragon chercher deux pièces dans sa demeure et un autre installer des cibles, puis entraîne les ambassadeurs dans la cour du palais, dallée de noir veiné de blanc et enfermée par de hautes tours.
Deux coffrets de bois laqué s'ouvrent sur des hacquebutes, de longues flûtes de fer terminées par un renflement, façonnées par les artisans du palatinat mais nourries d'une poudre inventée à l'empire d'Ambrelin. Rickard détaille le chargement geste par geste : la crosse posée sur le pied, la gargousse de poudre versée dans le canon, le canepin de tissu, le projectile enduit de suif, la baguette qu'on enfonce jusqu'au fond et qu'on laisse rebondir, la platine ramenée en arrière, le bassinet enduit de salpêtre. Il épaule, tire, et perce la cible en son milieu dans un nuage de fumée.
Chelinka refait la manœuvre de mémoire et loge sa balle dans le trou ouvert par Rickard, sous les applaudissements des pages. Elle avait déjà entendu parler de cette poudre par Yana, qui en avait tiré ses feux d'artifice. Faute de place sur sa fiche, elle abandonne le don de vie, dont le groupe ne s'est jamais servi, pour y inscrire la hacquebute : la voilà seule du groupe habilitée à se servir d'une arme à feu.
Deux camps chez les grands
Pendant les tirs, Neptune prend Eriksen à part, loin des oreilles de la fête, et lui avoue qu'elle ne se sent pas la bienvenue à Sabrenas. Il ne la contredit pas. Les grands sont divisés sur la question de Véloria, et surtout sur la guerre.
Cette guerre, explique-t-il, est une vieille rengaine : chaque nouveau souverain de Sabrenas a fantasmé de renverser le royaume, aucun ne l'a jamais mise en œuvre. Irena von Kamerling est la première à en avoir vraiment l'air, avec une armée de grands autour d'elle pour l'assurer que le pays est prêt et qu'il est temps de reprendre la main sur Véloria. Envoyer des ambassadeurs rend la chose palpable là où elle n'était que discours, et personne ne sait comment le palatinat va y réagir.
Rickard interrompt ses tirs pour se ranger avec lui du côté des grands qui veulent éviter la guerre et laisser les griefs du passé derrière eux. Le problème, dit-il, est que le camp adverse est plus proche d'Irena. Eriksen craint que la comtesse cherche l'incident diplomatique, ou qu'elle teste seulement jusqu'où elle peut aller. Les deux hommes se disent disponibles pour aider, à condition qu'on ne les voie pas.
Ce que vaut le pacte
Eriksen répond ensuite sur sa propre situation. On l'a envoyé accueillir les Véloriens au port en guise d'humiliation : côtoyer les ambassadeurs est une punition, ce qui explique que certains les évitent dans le palais. Sa faute est d'être l'une des rares personnes du conseil d'Irena à oser dire, sans s'y opposer ouvertement, que la guerre n'est peut-être pas une bonne idée. Cela lui a valu d'être écarté de certaines réunions, bouté hors du cercle privé de la comtesse et puni. Interrogé sur la bousculade du port, il jure un accident : un de ses pages l'a heurté en allant chercher les bagages.
Le pacte que le palatinat brandit devant les étrangers ne vaut pas mieux. Tout ce qui est juridique à Sabrenas est une farce, dit-il : on fait croire que nobles et peuple sont jugés de la même façon, quand il n'y a que des passe-droits, des proches du pouvoir à qui l'on autorise ce qu'on refuse aux autres, et une culture du secret où l'on sait toujours si l'on est en grâce ou en disgrâce. Sabrenas s'est fondé contre Véloria et a fini par se donner exactement la même cour. C'est là-dessus que joue Thyvald, qui se fait détester des uns pour mieux se faire aimer des autres.
Le reste de ce qu'il raconte tient de la description du pays. Les grands ne sont pas élus : ce sont les plus riches et les plus puissants dans leur domaine, l'immobilier, les navires, les plantations. Le maquillage qu'ils portent est une mode, pas un rang. La religion n'a que peu de place ici, où l'on préfère la technologie et l'invention, et la ville se divise en quartiers selon les origines de ses habitants, d'autant plus mal famés qu'on approche du port. Eriksen, lui, s'occupe de la jusquiame blanche et possède des plantations. Interrogé sur les funérailles annoncées pour le lendemain, celles d'Aliénor, il n'y voit qu'une coïncidence : une vieille noble morte de vieillesse, proche de personne, sans le moindre lien avec Véloria.
Les Keller et la guerre par en dessous
Saoirse Keller et son frère sont arrivés au palatinat il y a plusieurs années, avec beaucoup d'argent. Ils l'ont investi dans la recherche et le développement d'armes et de technologies pour Sabrenas, ce qui les a fait très bien voir d'Irena. S'ils ont choisi cette côte, croit Eriksen, c'est pour être loin de l'influence de Véloria et libres d'y mener leur vendetta. Un temps, Saoirse était accompagnée d'un homme aux cheveux rouge sombre, armé d'une grande pertuisane, très proche d'elle, qui avait recruté au port une troupe de mercenaires.
C'est Irena qui leur a soufflé d'aller plus loin : plutôt que de financer des inventions, se servir de ce qu'ils avaient investi pour frapper Véloria par en dessous et affaiblir le royaume. Le groupe tient là sa confirmation, l'attaque de la prison d'Agener est bien venue du palatinat. Toute la méthode de la comtesse est là, ajoute Eriksen : frapper là où elle pourra ensuite jurer qu'elle n'était pas au courant, comme la baisse massive des taxes du port qui détourne le commerce et grignote les territoires de Véloria. Il redoute surtout le jour où le royaume réagira, et où cette réaction servira de prétexte.
À qui parler dans Sabrenas
Reste à savoir vers qui se tourner. Eriksen cite d'abord Jaspe, le plus mystérieux et le plus atypique des grands, dont il ne saurait dire de quel côté il penche parce que ses buts sont ailleurs que dans le choix d'un camp. Les ambassadeurs le reconnaîtront quand ils le verront. Il mentionne ensuite la Vipère azurine, un bandit masqué qui patrouille les quais la nuit pour punir les malfrats et rend la justice à son gré dans le quartier le plus mal famé de la ville.
Rickard s'en étouffe : on n'envoie pas des ambassadeurs voir un bandit. Puisqu'il faut quelqu'un qui fasse respecter la loi au port, ce sera Orban, chef de la guilde des marchands et maître des docks, à qui l'on ira dire bonjour de sa part. La guilde des marchands est d'ailleurs la seule guilde qu'Eriksen connaisse à Sabrenas, sauf à compter celles qui se cachent.
Sur la magie, il en dit peu. Thorpe a été envoyé par le collège des mages comme mage conseiller quand Sabrenas a commencé à peser et qu'on a entendu parler du palatinat comme d'un prétendant à la guerre. Le collège n'en avait jamais proposé auparavant. L'homme ne dit rien de son institution et ne parle guère qu'à la comtesse. À la connaissance d'Eriksen, il est peut-être le seul mage de Sabrenas, avec Jaspe.
En remontant vers la réception, Rickard questionne les ambassadeurs sur ce qu'ils espèrent devenir et sur ce qu'ils préfèrent à Véloria : Someul veut la tranquillité et vante le cidre, Neptune la justice et la ferveur des habitants, Chelinka de nouvelles aventures avec ses compagnons et le port de son enfance. Il les invite à venir s'entraîner chez lui, où il possède un centre de tir et des centaines d'hacquebutes.
La provocation de Lars
À l'entrée de la réception, les ambassadeurs retrouvent Percy et gagnent leurs places à la gauche d'Irena, couronnée d'un soleil, Saoirse Keller et Thorpe à sa droite, Lars debout derrière elle. En chemin, la première lame de Sabrenas bouscule Someul au milieu de sa petite troupe de soldats, s'excuse à peine, et demande si tous les combattants de Véloria sont aussi empâtés : ici on préfère l'entraînement au banquet. Il propose une passe d'armes et le jeu de la libération, s'éloigne en chuchotant à ses hommes qui ricanent en montrant les Véloriens du doigt.
Le repas se déroule sans incident. Aux autres tables, le cousin Gauthier râle en montrant à Jazz les fruits qu'il aime, le capitaine Assaf mime des tonneaux devant Rickard, Cera fait manger du miel à la comtesse, et la garde vélorienne est postée tout autour de la salle avec Isembart près de la table, la main sur son épée.
L'opéra et la disparition
Irena annonce une animation pour honorer ses invités. Les lumières se tamisent, l'assemblée se masse devant un grand rideau rouge, et une cantatrice entame, accompagnée de musiciens, un air d'opéra qui raconte une guerre. Someul s'écarte dans la foule pour éprouver l'acoustique de la salle, perd ses compagnes de vue et remarque alors la comtesse qui s'éclipse discrètement par le fond, en compagnie de quelqu'un. Personne d'autre ne l'a vue. Il n'arrive pas à prévenir les autres et la suit dans les couloirs.
Un peu plus loin, Irena s'est arrêtée pour parler à une personne qu'un pan de mur dérobe au regard. Sa voix n'a plus rien de diplomate : les Véloriens ont envoyé des ambassadeurs, le palatinat est au bord de la guerre et n'est même pas prêt. Elle rappelle à son interlocuteur qu'il s'est engagé auprès d'elle, que des centaines de pistoles d'or ont été investies dans ses recherches, qu'elle a été extrêmement patiente et qu'elle exige des résultats. Il faudra passer à la vitesse supérieure dès ce soir, la fin justifiera les moyens.
Someul n'entend pas la suite. Une main se plaque sur sa bouche et presse contre ses lèvres un mouchoir imbibé d'une substance étrange. Il se débat, ses forces l'abandonnent, et dans un dernier effort il invoque Captain Croc-en-jambes, qui jaillit de son corps et file vers la salle de spectacle. Dans la foule, Neptune est fauchée par un croche-pattes venu de nulle part et comprend le message : leur compagnon a disparu.
Isembart fait réveiller des soldats qui n'étaient pas de garde et charge ceux qui sont là de ne pas quitter leurs protégés. Dans la pénombre, impossible de dire qui manque à l'appel parmi les gens rencontrés le soir même, ni même de repérer la comtesse. Seuls les Véloriens sont tous là. Une dizaine de gardes se répartissent entre le château et la salle de réception pour chercher Someul sur une simple description. Perdue dans les couloirs déserts du palais, Neptune siffle pour appeler la guilde des persifleurs. Ce n'est pas un persifleur qui arrive.
Facts
- Le maître du jeu revient sur les faux noms pris à l'arrivée : Lambert, Spencer et Faramond ne sont connus que du collège des mages, et tout le monde d'autre connaît les ambassadeurs sous leurs vrais noms. Un faux nom donné à tout le monde ne sert plus à rien.
- Il n'avait pas décidé lequel des trois disparaîtrait. Un jet de perception a désigné celui qui verrait la comtesse s'éclipser, puis un jet de vitalité celui qui recevrait le croche-pattes.
- Appeler tout le monde « mon garçon » est un trait de Rickard, ce qui l'oblige à se rattraper devant Neptune et Chelinka.
- Le mot hacquebute est donné à la table comme l'ancêtre d'arquebuse. Une joueuse en trouve la définition : arquebuse primitive, ou pièce d'artillerie de petit calibre.
- L'épisode a été enregistré et diffusé autour d'Halloween, deux épisodes après la reprise de la saison.
Références
https://open.spotify.com/episode/0NQin5IqryRQSRhWHGjM7q?si=IPH_o8qXS8WOk0pnTRnwxw