S02E24 - La valeur du velour
L'épisode "La Valeur du Velour" est le 24e épisode de la saison 2 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 49e épisode enregistré par le groupe.
Résumé
Mérival tire Someul dans une ruelle : rendez-vous dans deux jours sur le toit de la Tour de garde pour son rapport, et une piste, un ancien compagnon de sa troupe de mercenaires serait en ville, avec des ennuis. Le seigneur Ademar veut l'interroger sur un travail que la troupe avait décliné.
À la place du Tilleul, une voix appelle Someul depuis les piloris : Rasmus, qui s'était éclipsé quand la troupe s'est fait massacrer. L'employeur refusé voulait faire enlever la fille des Murano, et portait au cou une lune et un calice marqué d'un crâne. C'est donc la Confession du Songe Brisé qui a commandité l'enlèvement de Tilika Murano, et les Keller l'ont exécuté après le refus des mercenaires. Rasmus, lui, attend l'exécution : il a croisé sur le port quatre ou cinq hommes en grands manteaux sortant d'un entrepôt couverts de sang, une torche et des rouleaux de soie à la main, et s'est réveillé accusé du meurtre des négociants, du vol et de l'incendie. C'est Lady Firkins qui est allée réclamer sa tête à Nicholas de Bénévent.
Pour entrer chez elle, Chelinka met sa robe de soirée et passe pour Dame Spencer, Neptune et Someul pour ses serviteurs. Le valet les congédie aux écuries et gifle Someul, qui lui montre sa ceinture de héros de la lune : le feuillet de recette réapparaît de la poche arrière du garçon d'écurie. Il annonce la dernière condition du gâteau de Jérémy Michaud : être béni au sortir du four par un mystagogue ou le moine d'un dieu.
Dans la salle des banquets, le baron Barnett pérore sur le marché des tissus. Chelinka découvre son hôtesse : Arabella Firkins, la vingtaine, marchande de velours et de soie venue du fief d'Arpalian, qui a bâti sa fortune sur la vraie soie importée d'Ambrelin contre les joyaux de son fief, un commerce triangulaire sur la mer du Couchant et le comptoir de Massaco. Elle vient d'acquérir cette demeure, se sait méprisée par les nobles de naissance, et soupçonne Barnett de vouloir l'épouser pour allier les fortunes.
Barnett s'interrompt, se plaint qu'on ne l'écoute pas, refuse d'être vu avec une dame de petite naissance et sort en trébuchant sur une dalle. Dehors, il menace les serviteurs de représailles si son cheval est effrayé avant la course du bosquet vernal : Neptune lui jette l'humeur, et le cheval part très agité.
Reste une alliance. Firkins enquêtera dans les cercles nobles, le groupe dans les bas quartiers, et elle tentera d'obtenir de Bénévent quelques jours de report pour Rasmus.
Description de l'épisode
Comment Neptune passa de championne à domestique, comment Someul usa à outrance de son pouvoir sans aucun scrupule et comment Chelinka retrouva la noblesse de son fief natal le temps d'une réunion de girls boss.
Contenu de l'épisode
Le rendez-vous de Mérival
Le mendiant aveugle tire Someul à l'écart dans une ruelle sombre, sous les yeux des deux autres qui ne le voient pas disparaître. Mérival fixe le rendez-vous : dans deux jours, au déclin du jour, sur le toit de la Tour de garde, pour le rapport sur les forces en place.
Someul n'a rien avancé sur les survivants de sa troupe, mais il tient de quoi payer : la Cour des Manteaux et le contact avec Sœur Keller, dont Mérival lui avait donné le conseil.
Mérival apporte sa propre piste. Déguisé en pilier de bar, il a entendu dans les tavernes qu'un homme ayant appartenu à une troupe de mercenaires portant le même nom que celle de Someul traîne en ville, et qu'il a des ennuis dernièrement. Le seigneur Ademar a des questions à lui poser sur un employeur qui avait tenté de recruter la troupe pour un travail décliné, juste avant le dernier. Il ne sait ni son nom, ni où le trouver. Puis il remet sa barbe et repart réclamer l'aumône.
Rasmus au pilori
La place du Tilleul est bordée d'un côté de riches bâtiments de pierre ouvragée, grands balcons, portails de fer forgé, arbres taillés et vitraux décorés. De l'autre, elle donne sur le pont de pierre large comme une avenue qui enjambe l'Alconquin juste avant la mer, et sur lequel est bâti le palais royal, dont on n'aperçoit qu'une toute petite portion. Un peu à l'écart, en plein soleil et offerte à la vue de tous, une rangée de piloris tient des prisonniers de tout âge. Ça sent la lavande et la vanille, les oiseaux gazouillent, et les nobles qui flânent entre les arbres jettent des regards inquiets, étonnés, dédaigneux et courroucés.
Impossible de repérer la demeure des Firkins parmi les maisons de nobles. En revanche, un des piloris appelle Someul par son nom. C'est Rasmus, un ancien compagnon d'armes de la troupe de mercenaires dans laquelle Ademar l'avait engagé pour enquêter sur les agissements des mercenaires du fief de Bardache : quelqu'un qui ne ferait pas de mal à une mouche, mais très opportuniste. Quand la troupe s'est fait sauter dessus, il était à l'arrière et s'est éclipsé dans la forêt. Il croyait tout le monde mort.
Someul le fait taire pour sa couverture, mais Rasmus faisait partie des relais par qui passaient les offres d'emploi, et il a la réponse à la question de Mérival. L'employeur décliné voulait faire enlever la fille des Murano, mais la troupe a refusé, c'était trop dangereux et l'homme paraissait trop louche, encapuchonné, parlant à peine, ne montrant jamais son visage. Il n'a jamais donné son nom. Mais en se tournant, il a découvert un tatouage sur son cou : une lune et un calice.
C'est donc la Confession du Songe Brisé qui a commandité l'enlèvement de Tilika Murano, et les Keller s'en sont chargés après le refus des mercenaires. Le groupe s'accorde au moins sur ce point : un ordre qui cache des enfants de mages n'est pas pour autant un ordre inoffensif.
Ce que Rasmus a vu
Reste à savoir pourquoi il est là. Il est accusé du meurtre des négociants en tissu d'un entrepôt, du vol des rouleaux de soie et de l'incendie du bâtiment, et il sera exécuté.
Sa version tient en peu de choses. Il passait sur le port. Il a vu sortir d'un entrepôt quatre ou cinq hommes en grands manteaux, couverts de sang, une torche à la main et des rouleaux de soie sous le bras. Ils se sont regardés, ils se sont jetés sur lui, et il s'est réveillé tenu par des gardes, couvert de sang, au milieu des rouleaux, l'entrepôt en flammes. L'incendie servait à ne laisser aucune trace de leur passage, et lui de coupable. Lady Firkins, à qui appartenait le commerce, est allée voir Nicholas de Bénévent en personne pour obtenir son exécution.
La Cour des Manteaux accumule donc l'alcool, le métal des forges et maintenant la soie, sans que rien ne relie les trois. Le groupe ne promet rien à Rasmus, sinon d'aller poser des questions chez les Firkins, et lui demande en échange ce qu'il a à offrir : il fait remarquer qu'il ne fait rien gratuitement non plus, puisqu'il est mercenaire. Il indique la maison du bout de la place de sa main entravée.
Dame Spencer et ses serviteurs
Il faut entrer chez une noble, et le groupe a l'air de trois gueux. Le déguisement s'impose : Chelinka remet la robe de soirée payée prix d'or, la couronne de glaïeuls de la Louve mère et ses bijoux, tandis que Someul et Neptune passent pour sa dame de compagnie et son garde du corps. Elle a les manières de la cour, ce qui compte dans une négociation.
Le valet ouvre, s'incline devant Dame Spencer et lui fait place. Il demande si elle vient pour une affaire personnelle ou pour le dîner d'affaires, elle répond les deux, et il la conduit à travers des salles où la richesse est partout, marbre au sol et lustres massifs, mais qui ne sont pas entièrement meublées : des murs portent des traces de tableaux retirés, des malles de vêtements sont entassées, certaines pièces sont vides. Puis il referme les portes de la salle des banquets au nez de ses deux serviteurs.
Là, il change de ton. Il les envoie aux écuries aider, et gifle Someul quand celui-ci proteste. Someul lui demande si c'est ainsi qu'on reçoit le héros de la lune : le valet baisse les yeux sur la ceinture, blanchit, s'incline très bas, se dit fervent disciple de la Louve mère et prêt à tout ce qu'on voudra.
Le dernier feuillet
Le valet les conduit aux écuries, bien plus vastes que celles du Cheval effronté, jusqu'à un garçon d'écurie en train de se curer les ongles, qui se prétend occupé à superviser le nettoyage.
Interrogé sur un papier tombé dans une chaise à porteurs de la maison, il demande d'abord ce que ce papier vaut. Il vaut sa place dans cette maison, ou un poing dans la figure, et le héros de la lune n'est pas là pour discuter. Le garçon tremble, sort le feuillet de sa poche arrière, où il l'avait gardé, et le rend contre la promesse qu'on ne le dénonce pas.
Le dixième feuillet complète la recette de Jérémy Michaud. Il raconte qu'un gâteau fait autrefois par les habitants d'une île était particulièrement apprécié parce qu'au sortir du four, encore chaud, il était béni par un mystagogue ou le moine d'un dieu. Le goût varie selon la divinité qui bénit. Deux ingrédients sont déjà trouvés, le moule, qui sera le grand coquillage, et la décoration comestible, un nœud de peau de pêche qui imite le velours.
Arabella Firkins
Dans la salle des banquets, une grande table dressée de mets, une poignée de nobles, et un homme debout qui discourt sur le marché des tissus : le baron Barnett, trentaine, charismatique, sec et l'air mesquin, petits yeux creusés dans un visage pointu, cheveux blonds bouclés tirés en arrière et luisants, barbe courte bien taillée, bagues et anneaux d'or, pourpoint bordeaux de velours brodé de dorures. On ne peut pas, explique-t-il, arriver à la capitale et se mettre à distribuer des tissus : il faut la fibre, des années de métier, une famille de tisserands et de négociants.
À côté de Chelinka, une jeune femme s'ennuie visiblement. La vingtaine, l'air sérieux, les traits à la fois délicats et autoritaires, de longs cheveux bouclés impeccablement coiffés, de grands yeux bleus soulignés de noir, un visage allongé aux pommettes saillantes, un simple collier d'argent à pierre bleue, une robe ajustée à pièce d'estomac et corset resserré. Chelinka lui demande combien de temps le discours va durer, s'entend répondre que le baron adore les longs discours et paraît surtout concentré sur lui-même, puis lui demande son nom : c'est Arabella Firkins, la maîtresse de maison.
Le malentendu passé, la conversation prend. Firkins vient du fief d'Arpalian et vient tout juste d'acquérir cette demeure sur ses profits. Enfant, un oncle voyageur lui a rapporté une bobine de fil de soie venue de l'empire d'Ambrelin, et elle a tout de suite su ce qu'elle voulait faire. Elle a travaillé pour payer son premier voyage, ramené des bobines qu'elle a échangées contre des joyaux, ce dont l'empire est friand faute de montagnes, tandis qu'Arpalian tire justement sa richesse des joyaux sous ses montagnes et dans ses lacs. Avec l'argent, plus de soie, puis des tisserands et des tailleurs.
Ses prix sont plus élevés que ceux de la concurrence, qui fabrique sa soie avec du coton là où elle importe la vraie, filée par des vers à soie. Son commerce est triangulaire sur la mer du Couchant : elle exporte les tissus de Galefretier jusqu'au Jarrier et rachète au retour ses bobines au comptoir commercial de Massaco, plus cher qu'à Ambrelin même, mais qui lui économise des voyages. Massaco, lourdement taxé par le royaume, reste le seul accès d'Ambrelin à cette mer.
Ce qu'elle n'avait pas prévu à Véloria, c'est le baron Barnett, qui tient tout le commerce de la soie et des tissus, issu d'une grande famille de nobles implantée depuis longtemps, propriétaire de plantations de coton au nord du fief de Galefretier, et qui habille la cour et les puissants. Elle est la fille de personne, passe pour une arriviste, et sait que les nobles qui lui sourient la méprisent dans son dos. Elle soupçonne Barnett de vouloir l'épouser pour allier les deux fortunes, ce dont elle n'a aucune envie.
Chelinka, elle, se présente comme une autodidacte que tout intéresse, dit tenir sa fortune de sa famille et la consacrer aux œuvres pour les enfants défavorisés, ce qui lui vaut au passage des informations sur les guildes et les bas quartiers.
Le baron Barnett
La conversation à voix basse finit par se remarquer. Du bout de la table, le baron s'interrompt et reproche à Dame Firkins de l'inviter pour parler tissu et de ne pas l'écouter. Chelinka lui répond que pour l'instant il s'agit d'un monologue, pas d'une conversation, qu'elle est entrée depuis un moment sans qu'il la remarque, et qu'on n'est pas chez lui.
Il refuse alors d'être vu avec une dame de petite naissance, fait préparer son cheval et sort. Chelinka fait s'enfoncer une dalle sous son pied : il trébuche dans le couloir au moment où les portes se referment.
Dehors, Someul et Neptune se retournent sur un cheval cabré, un magnifique animal noir à la crinière blonde, le plus beau qu'ils aient vu. Barnett est dessus. Il leur ordonne de s'ôter de son chemin, son cheval valant plus cher que leurs vies, tourne autour d'eux au pas d'apparat, et annonce qu'il doit le monter à la course du bosquet vernal : si l'animal est effrayé et qu'il perd une place, ils en seront tenus personnellement responsables et il les fera conduire chez lui. Someul invoque son titre. Le baron concède qu'il est héros de la lune, mais dit ne pas avoir de temps à perdre avec des roturiers, et part au galop.
Neptune jette l'humeur sur le cheval et invoque son dieu. La pièce tombe du côté du chaos : à l'angle de la rue, l'animal se rue à l'arrière, le baron demande ce qui se passe, et tous deux disparaissent au coin, le cheval très agité.
L'alliance
Chelinka ramène la conversation à l'incendie. Elle doute qu'un seul homme ait tué plusieurs négociants, note que les rouleaux volés n'ont jamais été retrouvés, et avance que la Cour des Manteaux ferait un coupable plus vraisemblable, seule ou sur commande, par intimidation : la concurrence est rude à la capitale, et beaucoup de gens autour de cette table auraient intérêt à voir ce commerce couler.
Firkins objecte qu'on tient déjà quelqu'un et que les familles des tisserands tués réclament un coupable. Mais elle a des hommes infiltrés qui cherchent la Cour des Manteaux sans jamais la trouver, elle sait que c'est comme attraper de la fumée à mains nues, et elle entend parler de cette guilde pour la première fois sous cet angle.
L'accord se conclut sur un partage : Firkins se renseignera dans les cercles nobles, recevra du monde chez elle, interrogera ses valets et cherchera s'il y a eu d'autres incidents du côté de l'alcool ou des forgerons. Chelinka et les siens enquêteront dans les bas quartiers, où elle a ses contacts. On mutualise ensuite. Someul se porte garant de Rasmus, qu'il dit incapable de faire du mal, et Firkins pense pouvoir arracher à Nicholas de Bénévent un report de l'exécution de quelques jours, pas plus.
Elle conclut qu'ils ont posé les bases d'une coopération fructueuse et peut-être d'une grande amitié.
Facts
- Le maître du jeu remarque que ses révélations pourraient tomber dans n'importe quel ordre : le rêve, puis Rasmus, puis l'ouvrage de bibliothèque, ou l'inverse. Reçues dans cet ordre-là, elles ont l'air forcées, alors que c'est la seule corrélation logique de son scénario.
- Someul enchaîne trois fois « je suis le héros de la lune » et ça marche trois fois : sur le valet en chef, sur le garçon d'écurie et sur le baron Barnett.
- Neptune réussit l'humeur pour la première fois depuis qu'elle la possède, et sur un cheval. La pièce lancée pour départager calme et chaos tombe du côté du chaos.
- Le maître du jeu explique qu'il évite de faire parler ses personnages entre eux : c'est une seule voix qui se répond, et cela n'intéresse personne.
- Il annonce que cette dernière partie de saison va relier les fils semés depuis le début, tout en ouvrant déjà de quoi tenir la saison suivante.
- La table s'aperçoit en fin de séance qu'elle a complètement oublié Timothy, disparu de la chambre au matin.
- Le Jeudi PNJ numéro 6 est tiré à la fin de l'épisode : c'est naiviacos.
Références
https://open.spotify.com/episode/09K6tjUbE7ba8ZCoMYEOvH?si=Ho1lWpdpSCCIBPQvAYKgSA