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La Cour des Manteaux

Guilde apparue récemment à la cité de Véloria, en train de s’étendre dans tous les quartiers. Ce qu’elle fait exactement n’est pas connu de la rue.

La guilde des Vide-Poches la déteste, parce qu’elle lui marche sur les plates-bandes. Il s’est produit quelque chose sur les quais, dont on parle dans les bas quartiers sans savoir le raconter, et qui met la Cour dans une fâcheuse posture.

Cinq de ses hommes, en longs manteaux remontés jusqu’au nez, descendent de l’arbre du Corbeau Plaisantin en pleine nuit et posent une lame à la gorge de chaque dormeur pour réclamer l’objet de Sarah Petrova. La guilde des Vide-Poches arrive derrière eux et l’affaire tourne à la bataille rangée, jusqu’à l’arrivée du guet.

Ce que les guildes en disent tient en peu de choses et les inquiète toutes. Elle est apparue récemment, personne ne connaît son chef ni son repaire, et elle est impossible à tracer. Elle touche à tout, du vol au meurtre, et empiète sur le territoire de chacune, là où les autres guildes se répartissent le leur par accord : il n’y a donc rien à négocier avec elle, ce qui menace de provoquer des dissidences. Roméo et Jonas s’accordent au moins là-dessus, et Jonas la donne pour la rivale montante de la guilde des Vide-Poches, la plus puissante de Véloria.

Fyrlinel, qui dirige la guilde rivale à Véloria, n’en sait pas plus que les autres : des gens en manteau qui surgissent de nulle part et repartent, qu’on ne capture presque jamais, et qui avalent du poison quand on y arrive pour ne rien révéler des secrets de la Cour. Il la soupçonne de tenir le vrai objet que toutes les guildes cherchent.

Les persifleurs chargés de la suivre ne trouvent pas son repaire, mais relèvent un trajet régulier : elle transporte de l’alcool, en quantité trop faible pour un commerce, et fait des allers-retours au quartier des artisans, du côté des forges.

À l’alcool et aux forges s’ajoute la soie. Un entrepôt du port appartenant à la famille Firkins est incendié, ses négociants tués et ses rouleaux volés : le seul témoin, Rasmus, a vu quatre ou cinq hommes en grands manteaux en sortir couverts de sang, une torche à la main, et s’est réveillé accusé à leur place. Le feu servait à ne laisser aucune trace, et lui de coupable. Personne ne voit ce qui relie l’alcool, le métal et la soie.

Fyrlinel décrit le problème qu’elle pose : on ne la tient jamais, elle choisit avec soin ceux à qui elle parle, tue ceux par qui elle est passée, et ses membres portent une fiole de poison sur eux. Elle n’a donc rien à craindre puisqu’on n’a rien contre elle. Le seul angle qu’il voit est de la faire paniquer, parce qu’une guilde qui panique commet des erreurs.

L’incendie de l’entrepôt lui offre cette prise, la première depuis un an qu’elle est à la capitale : si elle a pris soin de faire accuser quelqu’un d’autre, c’est qu’elle ne veut surtout pas que cela s’ébruite. La rumeur qu’on détient les preuves part le soir même dans les rues, au seul nom de la guilde des Vide-Poches.

Elle traîne aussi au quartier des forgerons, devant l’atelier abandonné des Heaumétoile, où le sol garde des traces de passage récent et où s’entassent des bouteilles vides.

C’est Algar Heaumétoile qu’elle payait en alcool, depuis un an, pour lui forger de gros cadenas de bergara, le métal qui annule la magie et que personne d’autre ne sait fondre. Il ignorait pour qui il travaillait.

La rumeur lancée par la guilde des Vide-Poches produit son effet le soir même : le Cheval effronté est incendié pendant la nuit. L’incendiaire, un homme en long manteau, est poursuivi sur les toits, tombe, et se fait traverser l’œil d’une flèche avant d’avoir pu parler. Il avait eu le temps de dire que c’était le chef de la Cour lui-même qui l’avait informé de l’enquête.

L’archer, à l’autre bout de la place des lavandières, portait un long manteau qui dissimulait son visage. Sa monture, un grand étalon noir à la crinière blonde, l’a trahi : c’est le baron Barnett.

Elle s’évapore avec l’emprisonnement du baron Barnett : plus de manteaux nulle part, plus de signalements de commerces pris. Fyrlinel y voit la preuve qu’il n’y avait qu’une tête, et compte reprendre secteur par secteur les territoires perdus. Sauf que le cheval de l’archer n’était pas celui du baron, ce qui laisse la tête vacante et le groupe convaincu que rien n’est terminé.