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episodes/saison-3

S03E19 - Les fils du temps

L'épisode "Les Fils du Temps" est le 19e épisode de la saison 3 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 82e épisode enregistré par le groupe.

Résumé

Le grand Erasme Tombétoile tient son numéro dans le noir, flammes de laiton, boules de cristal, tonnerre et pluie, et annonce à chacun ce qu'il désire contre cinq pistoles d'or payables d'avance. Chelinka éteint les flammes, fait pleuvoir sur lui et lui arrache sa capuche d'un coup de vent : sous le maquillage noir, une femme d'une trentaine d'années tombée de ses échasses, mage de feu renvoyée du collège des mages au bout d'une année, qui vit depuis dix ans de la crédulité des Sabrins. Chelinka repart avec ses Opuscules de magie appliquée, échangés contre un roman.

La piste du mage encapuchonné s'arrête là, mais Jérémy Driz apprend au groupe que Véloria a toujours essayé d'envoyer des mages au palatinat sans jamais y parvenir : on les renvoie avant même qu'ils accostent. Ce qui rend Thorpe très difficile à expliquer.

Aux jeux, faute d'entrer dans la tribune d'honneur par la porte, Chelinka fissure le mur de l'arène d'un coup de poing : Irena fait écarter les hallebardes et leur avance des chaises. Neptune entreprend alors Jaspe, qui parle des fils qui relient les événements, de ceux qu'il décroche pour les rattacher ailleurs, et de ce qu'il ne peut pas dire sans briser les liens de causalité. Quand le mot de boucle temporelle tombe, il s'arrête net : les perturbations qu'il sent depuis le matin viennent d'eux. Il annonce une expérience, donne un mot de passe, puis tranche la tête de Neptune.

La journée reprend. Le groupe la traverse en accéléré jusqu'au pont du palais, dit « fulgurite » à Jaspe, et se retrouve aspiré dans son masque, dans un manoir sombre qui est l'intérieur de sa tête. La fulgurite est l'inverse du bergara : elle décuple la magie et la transmet par le toucher, et c'est de ce métal que sont faits les masques des Occultes. Le collier mis en jeu aux festivités en est fait, et le palatinat l'a acheté sans savoir ce qu'il achetait. Sur la divinité que le groupe soupçonne derrière tout cela, Jaspe lâche qu'elle est bien plus proche qu'ils ne le pensent, et que ses fils croisent les leurs, ceux de Chelinka surtout.

Description de l'épisode

Comment Neptune mourut (encore), comment Someul se déhancha de manière ostentatoire devant deux hommes moustachus et comment Chelinka échangea un manuel scolaire contre un livre arlequin.

Contenu de l'épisode

Le numéro de l'archimage

Le bureau est noir et silencieux, et l'attente y travaille les nerfs. Puis un bang comme un coup de feu, des flammes qui jaillissent de deux gros réceptacles de laiton, et le visage d'Erasme Tombétoile qui apparaît au-dessus. Il est le tout-puissant archimage, il sait déjà tout d'eux, les arcanes le lui disent, et deux boules de cristal qu'il fait rouler sur ses bras lui ont révélé l'avenir. Son assistant traverse la pièce, frappe le gong et ressort.

Il désigne chacun. Someul veut de la force, du muscle, la puissance par sa magie. Chelinka veut garder sa beauté éternelle, une poitrine ferme et des amants pour toujours. Neptune est un cas différent : son aura est sombre, une malédiction divine plane sur elle, un passé obscur la hante, et il sait exactement pourquoi, elle fuit un mariage et a le canard gardien à ses trousses. Jérémy Driz, lui, veut la richesse, ce qu'il ne démentira pas.

Le remède demande toute sa magie et bien plus, l'ancien grimoire des magies perdues, l'artefact qui voit et sait tout, le fabuleux Plénimythe, qu'il sort de sous sa cape en le laissant briller et tourner ses pages. Le prix est de cinq pistoles d'or et d'une pierre précieuse pour apaiser le dieu en colère, comptant, avant le sort, sans remboursement, les effets pouvant varier d'une personne à l'autre. Là-dessus le feu redouble et devient vert, il pleut dans la pièce, le tonnerre gronde, des éclairs claquent : la magie s'impatiente et distord le tissu de la réalité, vite, il faut payer.

La charlatane démasquée

Chelinka lève la main. La pluie s'arrête au-dessus du groupe et se déverse sur lui, les flammes s'éteignent, et un grand coup de vent emporte la capuche. On l'entend tomber, se relever, chercher son équilibre, et les lumières remontent doucement sur un spectacle désolant.

Par terre, tombé de ses échasses, le grand archimage est une femme d'une trentaine d'années, cheveux trempés, le maquillage noir qui lui couvrait tout sauf les yeux dégoulinant le long du cou. Au plafond, des arrosoirs. Dans un coin, une chaise, des tôles de métal qu'on secoue pour le tonnerre, et le gong. Elle prend la main qu'on lui tend, s'essuie les yeux, et annonce qu'elle est la deuxième assistante : le mage a dû s'éclipser, trop de magie en un seul point, il reviendra. Elle s'appelle Hermione.

Le mensonge ne tient pas dix secondes. Les Sabrins ne connaissent rien à la magie, elle en sait un peu, elle joue au mage puissant avec des flammes d'allumette, et ce sont surtout des vieux qui viennent la voir pour des maux qui n'existent pas. Elle donne un remède au hasard, ils sont contents, elle gagne de l'argent, tout le monde y trouve son compte. Elle vient du collège des mages, renvoyée au bout de sa première année pour avoir mis le feu au dortoir en faisant griller des marrons. Elle est mage de feu, ce que sa flamme d'allumette montrait déjà. Elle est installée ici depuis une dizaine d'années, personne ne lui a jamais demandé de comptes, et sans son costume personne ne la reconnaît au marché.

Sommée d'admettre qu'elle nuit à ses clients, elle plaide le contraire : s'ils ne venaient pas chez elle, ils iraient chez un autre charlatan, ils repartent guéris et satisfaits, et le placebo guérit ce qu'ils n'avaient pas.

Derrière elle, une bibliothèque garnie des livres qu'elle a emportés du collège. L'un attire Chelinka, épais, relié de cuir violet, lettres d'argent sur la tranche : Opuscules de magie appliquée : étude des formes de l'art dans leur dimension pratique, cinquième édition de l'archimage Mélius Rincevent, annotée par le mage Nérildas Avre-Sauge. C'est le dictionnaire de sorts que tous les élèves doivent acheter, et cet exemplaire est une des copies pirates qui se mettent à jour d'elles-mêmes à chaque nouvelle édition. Elle refuse de le donner, accepte de l'échanger contre un roman érotique, et le glisse sous sa robe.

Aucun mage vélorien au palatinat

Il reste à vérifier ce qui les a menés là. Y a-t-il d'autres mages venus de Véloria dans les environs ? Hermione n'en connaît aucun, et Jérémy Driz est catégorique : il n'y en a pas. Historiquement, le royaume a toujours essayé d'en envoyer au palatinat, et n'y est jamais parvenu. On les renvoie sans même les laisser accoster, et à force le royaume a cessé d'essayer.

Ce qui laisse une question en travers : Thorpe, mage de l'air affecté au palatinat depuis quelques années, dont Jérémy n'a jamais entendu parler. Le groupe en conclut que la piste de Saoirse Keller était sincère mais s'est trompée de cible : elle a bien entendu parler d'un mage encapuchonné, et c'est par pure coïncidence qu'une arnaqueuse en capuche s'est installée dans le même quartier.

Hermione n'a jamais mis les pieds au château, reçoit de temps en temps des nobles dont elle finit par lâcher les noms, aucun connu, et n'a jamais entendu parler d'un enlèvement. La seule autre personne de la ville qui fasse un métier approchant, dit-elle, c'est Jaspe, qu'elle trouve louche aussi, et dont elle ignore où il vit.

Entrer dans la tribune d'honneur

Midi sonne à la grande horloge et les jeux commencent. Ils ne se tiennent pas sur la plage mais en pleine ville, dans une arène de pierre à gradins, ouverte à tous, où la foule crie, parie et boit. En bas, le défilé des équipes avec leurs blasons et leurs trompettes. En haut, une tribune d'honneur où siègent Irena, Saoirse Keller, Thorpe et Jaspe. La comtesse annonce le collier de grande valeur fourni par Jaspe, qui se lève et salue la foule. Non loin, Assaf fait des affaires dans les gradins, Cera prend le groupe par la taille, et Rickard arme son hacquebute pour les épreuves de tir.

Il faut atteindre la tribune. L'escalier est gardé par deux hommes qui croisent leurs hallebardes sans un mot ni un regard. Someul tente le prestige, s'avance en donnant des coups de hanche pour montrer sa ceinture de héros de la lune : ils ne bougent pas d'un cil. Soudoyer des gardes en qualité d'ambassadeur est écarté, crier aussi.

C'est Chelinka qui règle la question. Elle s'approche du coin de l'arche et frappe du poing : le mur se fissure, toute l'arène tremble, les gardes manquent de tomber, et un grand « oh » monte des gradins. Irena et Saoirse se retournent, croisent leur regard, et un signe de la main suffit pour qu'on lève les hallebardes. On leur avance des chaises, qu'ils placent au bout de la table, à côté de Jaspe, pendant que Saoirse se penche à l'oreille de la comtesse.

Les fils qui relient les événements

Jaspe les salue et les remercie d'avoir orienté ses camarades. Il est comme au premier jour, peau noire tatouée, tunique sombre, bottes cloutées, et ce masque rouge aux volutes noires qui couvre la tête entière : impossible d'y lire un visage, un âge, un genre, ni même de savoir s'il y a un être humain derrière.

Neptune l'attaque de biais, sur ce qu'il savait qu'ils ignoraient. Il propose de marcher, et ils descendent dans les couloirs de l'arène. Il est un occulte : on ne le devient pas, on l'est. Il perçoit le monde autrement, sent les fluctuations de la réalité et du temps, et voit les fils qui relient les événements entre eux. Il arrive qu'on ait besoin d'en décrocher un pour le rattacher ailleurs, afin que les choses aillent dans la bonne direction. Il ne prétend pas commander la réalité : il voit où elle va, et peut orienter qui croise ses fils.

Ce qu'il ne fait pas, c'est prévenir. Savoir une chose avant qu'elle arrive brise le lien de causalité, et l'exemple lui vient plus tard : un verre de cristal qu'il fait tomber de son bureau et qui se brise. Prévenu, on l'aurait rattrapé, ou il se serait brisé de lui-même avant de toucher le sol, et c'est cela qui abîme le tissu de la réalité.

Puis le mot tombe. Une boucle temporelle. Il s'arrête de marcher et se retourne. Le groupe déballe tout, Lars qui va remporter les jeux, les lampions sur l'eau après la cérémonie, l'accusation, les cachots, le faux Vélorien, Lélias et Bénévent. Les perturbations qu'il sent depuis le matin, les fils qui tressautent, viennent donc d'eux. Il regarde la tour de l'horloge, revient vers eux, et annonce une expérience : demain matin, à l'entrée du palais, qu'on vienne lui dire le mot fulgurite. Il appelle Neptune, elle le regarde, il dit « à tout de suite », dégaine un sabre et lui tranche la tête.

La journée en accéléré

Grand bruit, matin ensoleillé, soldats qui courent dans le couloir : l'armoire de Théobald est tombée et la boucle a recommencé, la troisième. Cette fois personne n'attend. Chelinka passe par la fenêtre, salue Cera au passage, le groupe traverse le petit déjeuner en prévenant Tristram pour le pot de confiture et le remet au courant en chemin, sous les regards de toute la table.

Ils dévalent les escaliers jusqu'à l'entrée du palais, où Jaspe marche sur le pont. Le mot de passe tombe. Il ne comprend pas, se le fait répéter, se fait dire qu'il vient de tuer quelqu'un pour la deuxième fois, et reconstitue son propre raisonnement à froid : il a proposé une expérience, tranché la tête de Neptune, et la boucle a repris. Il en tire une règle, sans la garantir : la mort de l'un d'eux fait redémarrer la journée. Ce n'est ni la première boucle ni la dernière, et ce qu'ils gardent d'une boucle à l'autre, ce sont les objets et ce qu'ils savent.

Dans le masque

Jaspe les invite chez lui. Il s'arrête au milieu de la rue, se tourne vers eux, ne bouge plus, et les contours de la vision se brouillent et ils sont aspirés vers le masque. Ils se retrouvent dans un manoir sombre, un grand bureau, une cheminée où brûle un petit feu, des vitraux, des piles de livres et d'objets étranges partout, un beau tapis, et Jaspe assis derrière son bureau devant une immense verrière ornée d'une fresque. Leurs corps, dehors, continuent de marcher. Ils sont à l'intérieur de son casque, c'est-à-dire dans sa tête.

Cela tient à la fulgurite, le métal dont sont faits les masques des Occultes : extrêmement rare, l'exact inverse du bergara, il décuple la magie et permet de la transmettre. Un mage qui touche quelqu'un avec un éclat de fulgurite lui prête ses pouvoirs le temps du contact. Poser la main sur le masque donnerait les pouvoirs de Jaspe, à un prix qu'il ne chiffre pas.

Le collier remis au vainqueur des jeux est en fulgurite. Le palatinat le lui a acheté en croyant acheter un objet précieux et rare, sans rien savoir de ce que c'est. Il n'en dit pas plus, sinon que ce collier leur revient peut-être et que c'est à eux d'aller le chercher.

Sur le reste, il rend au groupe ses questions. Que le temps se soit replié sur lui-même a un rapport avec eux trois, puisqu'eux seuls s'en souviennent, et c'est à eux de trouver lequel. Mieux vaut résoudre les mystères qui gravitent autour que chercher le mécanisme. Les occultes viennent d'un pays à l'ouest, bien au-delà du palatinat, dont il ne donnera pas le nom. Il n'a pas choisi de vivre ici : il a entrepris un voyage et su que sa place était là, peut-être pour cette rencontre. Et sur la divinité que le groupe croit deviner derrière la magie des occultes, il répond que ce sont là deux branches bien distinctes de l'art, que la divinité en question est bien plus proche qu'ils ne le pensent, et que son fil croise le leur, à eux trois. Il pointe alors Chelinka : celui-là surtout.

Facts

  • Le maître du jeu corrige en direct le décor des jeux de la libération : les gradins montés sur la plage de l'épisode précédent deviennent une arène de pierre bâtie en pleine ville, faute d'avoir eu le temps d'écrire la scène la première fois.
  • Les Opuscules de magie appliquée existent aussi hors fiction : le maître du jeu partage un document que la joueuse consulte en séance, et qu'il enrichit de nouveaux sorts au fil de la campagne, à l'image des éditions annuelles que les élèves du collège doivent racheter.
  • Le maître du jeu annonce que c'est la troisième boucle sur les deux cents versions de la journée qu'il a prévues.
  • La table reconnaît dans les noms du livre un clin d'œil à Terry Pratchett.
  • Des auditeurs ont réécouté les passages à la bibliothèque du collège des mages pour vérifier que Tombétoile ne figure pas parmi les familles de mages séculaires citées : il n'y est pas.

Références

https://open.spotify.com/episode/3olB3ejP85WmFdtiWVWYdp?si=Frdd3jNxSrW3ZE0nZZThcA