S04E14 - Colère divine
L'épisode "Colère Divine” est le 14e épisode de la saison 4 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 106e épisode enregistré par le groupe.
Résumé
Dans la chambre de Cornélia Bon-Compagnon, Chelinka voit en rêve le dieu immolé venir la punir de lui avoir désobéi : ses tatouages s'effritent et ses bras se couvrent de brûlures. Mais une patte immense de l'Araignée surgit des ténèbres et brise le dieu, et sa voix rappelle à Chelinka qu'elle lui appartient. Partout, les disciples du dieu se réveillent en sursaut. Chelinka découvre Tilika debout devant son lit, les yeux révulsés, qui ne se souvient de rien.
Réduit à une flammèche dans la cheminée, le dieu immolé a perdu ses pouvoirs. Chelinka l'emporte dans une lanterne et conclut un marché avec lui : elle croit en lui et brûle ce qu'il demande, et il lui rendra ses dons quand il aura retrouvé sa puissance.
Au château de Vespéral, Neptune lit la seconde recette de magie de la cuisine, le gâteau persuasif. Deux sœurs grises, Alcine et Béligote, apparaissent aussitôt : cette magie est de la sorcellerie, une pratique réservée aux sorcières initiées, tout comme les bijoux du groupe, qu'Alcine vide de leur pouvoir. Neptune veut devenir sorcière, et repart avec une lettre de recommandation pour Delilah, de la sororité Améthyste, qui vit dans la forêt de Séquoia.
Au matin, avant de partir, le groupe veut s'habiller au Porte-Jarrier de Miranda Pressé, pendant que Jupiter, excédée, part acheter le matériel du voyage. Faute de pouvoir payer 250 écus d'or des tenues que personne n'est jamais venu chercher, nos héros sèment la pagaille dans l'atelier et s'enfuient avec les vêtements, rendus invisibles. Ils quittent Vespéral avec Jupiter, en direction des ruines de la vision.
Description de l'épisode
Comment Neptune se fit deux ennemis jurés en une matinée, comment Someul fut soigné par l'homéopathie médiévale et comment Chelinka fut prise de sympathie pour une mystérieuse jardinière.
Contenu de l'épisode
La colère du dieu immolé
Les nuits sont fraîches au Jarrier, et un feu brûle dans la cheminée de la chambre de Cornélia, au château de Vespéral. Cornélia dort. Chelinka, elle, se tourne et se retourne, fiévreuse, en sueur.
Dans son rêve, elle marche dans un paysage désolé, aux arbres noirs consumés, où les cendres craquent sous ses pieds. Une silhouette de feu surgit et lui saisit brutalement les poignets. Dans la chambre, des rougeurs puis des cloques apparaissent autour de ses bras. C'est le dieu immolé, une figure sombre auréolée de flammes, qui penche vers elle son visage brûlant. Par deux fois, lui dit-il, elle l'a trompé et s'est moquée de lui : elle n'a pas brûlé le bateau de la Dame d'Ébène, et après lui avoir promis que le feu du rituel serait le dernier qu'elle allumerait pour éclairer l'obscurité, elle a donné des flammes à ses compagnons dans ce but. On ne trompe pas un dieu.
Il resserre son étreinte. La douleur gagne ses os, ses tatouages s'effritent et leur encre s'envole en filets de fumée. Le dieu lève le bras, puis suspend son geste, troublé, la lâche et recule. Des ténèbres jaillit une patte immense, velue et décharnée, celle de l'Araignée, qui fend l'air et brise le dieu : il s'effrite en cendres dans un hurlement. Dans le calme revenu, sa voix résonne : Chelinka lui appartient, pourquoi s'associer à des dieux de pacotille ? Qu'elle ne l'oublie jamais.
Cette nuit-là, jusqu'à Sabrenas et Cautel, tous les disciples du dieu immolé se réveillent en sursaut, avec l'impression qu'il vient de se passer quelque chose d'horrible.
Chelinka se réveille elle aussi. Devant elle se tient Tilika, les yeux révulsés, la bouche ouverte sur un cri silencieux, tremblante, le doigt pointé sur elle. Chelinka la prend dans ses bras, et ses yeux redeviennent normaux. Tilika, déboussolée, ne sait pas ce qu'elle fait là : elle était restée avec Someul et Neptune. Cornélia remue dans le lit, et Chelinka se rhabille pour sortir avec la jeune fille.
Un dieu dans une lanterne
En passant devant la cheminée, Chelinka entend un chuchotement qui l'appelle. Dans les braises, parmi de fines flammes, elle distingue une minuscule silhouette humaine : le dieu immolé, troublé, qui se dit vidé de ses pouvoirs et très faible. Elle ravive le feu d'un geste, et il lui demande d'y jeter le petit tabouret posé à côté. Le tabouret part en fumée, ce qui ne suffit pas. Le dieu désigne alors une lanterne au mur : Chelinka l'ouvre devant lui, et la flamme saute à l'intérieur, sous les yeux écarquillés de Tilika. Le petit dieu pose les mains contre la vitre.
Ils ont besoin l'un de l'autre, propose-t-il. Pour retrouver son statut et sa toute-puissance, il lui faut quelqu'un qui croie en lui et brûle des choses quand il le demande, un avatar sur terre. En échange, il s'engage à rendre ses pouvoirs à Chelinka, qui deviendra la championne du dieu immolé, et l'on pourra revoir cette histoire de feu la nuit. Chelinka jure qu'elle ne voulait pas l'offenser : elle avait compris qu'il ne fallait plus allumer de feu la nuit, pas qu'une flamme déjà allumée ne pouvait plus servir. Elle veut bien brûler un tabouret, mais pas Vespéral s'il le lui demande.
Le dieu raconte ce qu'il a vécu. Venu la sermonner et lui retirer ses pouvoirs, il a senti quelque chose qui dépassait totalement sa puissance, a tenté de fuir et a été happé. Profitant du passage d'un monde à l'autre qu'ouvre le rêve, il s'est réfugié dans le seul feu à sa portée : sans la cheminée, il se serait évaporé. Il explique qu'un dieu tient sa puissance de ceux qui croient en lui, et qu'un dieu dont plus personne ne transmet le souvenir, ni à l'oral ni par écrit, cesse d'exister.
Chelinka écrit un mot à Cornélia pour la remercier de sa soirée, le laisse sur la table de chevet et l'embrasse sur le front. Puis elle sort dans les couloirs du château, Tilika endormie dans les bras et la lanterne à la ceinture.
Une suite au château
Plus tôt, à la tombée de la nuit, Someul et Neptune sortent du temple du Taureau Tricéphale avec Jupiter et Tilika. Jupiter n'a aucune envie de passer la nuit avec eux et rejoint son auberge : on se retrouvera au matin. Un page, bougie en main, conduit les autres à la suite qu'on leur a réservée au château, une belle chambre à baldaquin qui rappelle vaguement celle de Sabrenas.
Le groupe pose ses bijoux sur le rebord de la fenêtre, pour que la lune recharge leurs pierres. Someul fait monter un repas et veille à ce que Tilika mange. Neptune, elle, s'installe dans un fauteuil, retire ses bottes et sort ses deux pages de magie de la cuisine, dont celle que Saoirse Keller avait déchirée avant de la lui rendre rafistolée. La seconde recette est le gâteau persuasif : qui le mange obtient de chacun ce qu'il demande, mais l'effet s'use à chaque requête, et quand il cesse, la personne comprend ce qu'on lui a fait.
Les sœurs grises
À peine la lecture finie, une explosion de fumée violette emplit la pièce, qui sent le pain, la sève et la terre. On ouvre les fenêtres en toussant. Deux femmes à l'air hautain sont apparues : une grande mince et une petite rondouillarde, en robes grises élégantes, chapeaux pointus de sorcière sur la tête, petites lunettes rondes sur le bout du nez pointu. La plus petite se présente : elle est Alcine, et voici Béligote, qui griffonne dans un registre. Ce sont des sœurs grises de la sororité des sorcières.
Alcine dicte le procès-verbal : à 21 heures précises, à Vespéral, Neptune a tenté d'user de sorcellerie. Ces parchemins en relèvent, et c'est la deuxième fois qu'elle les lit : la première, les sœurs ont laissé passer. La sorcellerie est une pratique fermée, transmise de sœur en sœur. Pour la pratiquer, il faut avoir été initiée par une première-née et être entrée dans une sororité. Les mages l'ont pillée et incorporée à leur magie pour en faire n'importe quoi, et ce qu'on appelle magie de la cuisine est en réalité de la sorcellerie de la cuisine. Le groupe assure n'en avoir jamais entendu parler, et se range volontiers du côté des sœurs contre le collège des mages.
Alcine avise les bijoux sur le rebord de la fenêtre : de la sorcellerie, eux aussi. Elle claque des doigts. Neptune avoue alors sa curiosité : elle voudrait être initiée. Voilà qui change tout, car une sorcière initiée peut user comme elle l'entend de ses pierres et de ses recettes. En attendant, le groupe garde les papiers, mais ne doit plus s'en servir, ni des pierres, sous peine de voir les sœurs revenir.
Les sorcières ne manquent pas au Jarrier. Béligote cherche dans ses notes une première-née de la région et trouve Delilah, de la sororité Améthyste, qui vit à l'est de Vespéral, dans la forêt de Séquoia. Alcine rédige une lettre de recommandation, que Béligote scelle à la cire : Neptune la remettra à Delilah. Quant aux pierres, Alcine en a retiré la sorcellerie : elles restent jolies, mais n'ont plus de pouvoir. La prochaine fois, promet-elle, Neptune sera une sœur. Elles disparaissent dans un nouveau nuage de fumée violette.
Réveil à l'aube
Vers cinq heures du matin, des coups à la porte réveillent Someul et Neptune. Derrière se tient Chelinka, habillée à la va-vite, les cheveux en bataille, Tilika endormie dans les bras et une lanterne à la ceinture. Chacun raconte sa nuit : d'un côté l'apparition des sorcières, de l'autre le dieu immolé, brisé par une patte de l'Araignée surgie des ténèbres et réduit à une flammèche.
Pour lui rendre un peu de force, le groupe lui offre à brûler le contrat passé avec la Dame d'Ébène. Le dieu l'attrape et le calcine d'un coup. Il se sent un centième de pour cent plus puissant, et trouve déjà le temps long dans sa lanterne. Tilika retourne se coucher, recroquevillée dans un lit, pendant que les autres discutent autour de la lanterne posée sur la table jusqu'à six heures et demie.
Jupiter attend
Au sortir du château, Jupiter attend devant les portes. Elle jette un regard noir à Chelinka, défait une manche et lui montre une énorme cicatrice de brûlure qui couvre tout son avant-bras. Neptune lui répond en montrant une cicatrice au cou puis, sur l'invitation de Someul, la marque d'une blessure à la main.
Dans les rues de Vespéral, les pêcheurs partent avec leurs filets, et les passants saluent les barons de Nival, ce qui fait soupirer Jupiter. Un homme accourt vers Neptune avec Kouski : la baronne quitte-t-elle déjà Vespéral pour Nival ? Pas encore, le rassure-t-elle.
Devant le Porte-Jarrier, Jupiter découvre qu'on veut d'abord s'acheter des vêtements, alors qu'une vision divine les attend. Elle s'exaspère, fait des exercices de respiration, puis décide d'aller acheter les vivres, de quoi faire du feu et le matériel d'escalade, et leur tourne le dos. Interrogée, Tilika ne se souvient que du temple, de la visite des sorcières et du coucher, puis de son réveil dans la chambre où se trouvait Chelinka. Rien entre les deux. Elle regrette seulement de ne plus broder depuis longtemps.
Au Porte-Jarrier
Le Porte-Jarrier respire le luxe : des pages y viennent dès le matin chercher les paquets de leur seigneur, des robes et des costumes finement ouvragés garnissent la boutique, et un valet poudré, en perruque blanche, accueille les clients. Il ne reconnaît pas les barons de Nival, se confond en excuses et va chercher Miranda Pressé.
Miranda commence par Tilika, la fait monter sur un tabouret derrière un rideau et jette sa cape du bout des doigts à son valet. Elle lui imagine une robe vert sapin à manches ballon et basques bordées de dentelle, des gants blancs et un serre-tête de fil doré. Tilika, ravie, se souvient des années heureuses dans son fief, du temps où on lui faisait des habits sur mesure. Mais la commande ne sera pas prête avant une semaine.
Le groupe, pressé de partir, demande à voir les fins de stock et les commandes jamais retirées. Miranda s'en offusque, puis, avec un sourire crispé, envoie son valet, baptisé Jean-Charles, chercher robes et costumes. On déniche pour Tilika une robe verte, et Miranda lui coud en hâte des gants et un serre-tête. Someul trouve un pantalon bouffant rentré dans de belles bottes, un manteau vert à col châle sur une tunique marron clair et une boucle de ceinture en or : très élégant, le complimente Miranda. L'une des baronnes choisit une tenue sombre, pantalon, grosses bottes et courte capeline, commandée par un seigneur de Happelourde qui ne l'a jamais retirée, et y ajoute une ceinture à nouer autour de la cuisse. L'autre prend une chemise rouge décolletée, un corset lacé, une grande jupe rouge et une ceinture à boucle dorée, confectionnés pour la fille d'un seigneur d'Arpalian, fief friand des couleurs chaudes.
L'addition
Jean-Charles fait le compte : 275 écus d'or, ramenés à 250 grâce à la remise promise. Nos héros restent muets devant la note. Ils croyaient à un cadeau d'accueil, et s'indignent de payer des vêtements qui ne sont pas sur mesure et que d'autres ont commandés. Le valet leur rappelle que les soieries viennent directement d'Ambrelin, descend à 225 écus, puis, face à la menace d'en parler à la famille Vertecime, file chercher sa maîtresse.
Miranda Pressé ne cède rien : ses vêtements se paient à la réception, la remise est plus que généreuse, et du sur-mesure aurait coûté deux fois plus. Des dizaines de seigneurs du Jarrier portent ses créations, et elle habille la famille Vertecime, tenues de banquet comprises, depuis quinze ans : des barons fraîchement arrivés ne lui feront pas peur. Si le groupe n'a pas les moyens, qu'il rende les robes et reparte avec ses anciens habits.
La fuite
Chacun retourne en cabine remettre ses vieux vêtements. Pendant que Someul détourne l'attention de Miranda en lui vantant une pierre anti-requin, et en lui suggérant de s'en trouver une contre la concurrence, Chelinka fait un geste depuis sa cabine. La porte s'ouvre en grand, la clochette tinte en tous sens, et une énorme bourrasque renverse les mannequins et fait voler les robes. Miranda se recroqueville, les mains sur la tête. Les vêtements neufs, roulés sous chaque bras, deviennent invisibles.
Chelinka sort la première, Neptune la suit, et Someul, dernier à partir, souhaite bonne chance à la couturière pour tout ranger. Miranda se relève au milieu de sa boutique dévastée et crie après ses vêtements, mais nos héros remontent la rue au pas de course et se perdent dans la foule.
Sur la place où ils ont été faits barons, ils retrouvent Jupiter et son gros sac : bois et silex pour le feu, matériel d'escalade, rations et guide des plantes comestibles de la forêt. Passablement agacée, elle demande si l'on peut enfin partir. Le groupe franchit les portes de Vespéral et s'enfonce dans les forêts du Jarrier, à la poursuite de la vision de Neptune et de Jupiter, vers les ruines cyclopéennes.
Facts
- L'introduction fait le tour de la « LMDLT Family », les artisans et créateurs proches de l'équipe. Le maître du jeu y remercie Zad de l'avoir aidé à écrire certains personnages et à façonner la quête en cours.
- Le prénom de Jean-Charles, le valet de Miranda Pressé, est improvisé par la table au moment où le maître du jeu en demande un.
- 250 écus d'or font 3 000 deniers, un écu valant douze deniers : la table n'a jamais payé aussi cher à la capitale.
- Le maître du jeu précise hors fiction que les pierres ne sont pas perdues : elles retrouveront leurs pouvoirs quand Neptune sera sorcière.
- La table ressort de la séance dépitée, et récapitule ses quêtes en cours : les Anathèmes, la sorcellerie, la vision et le dieu immolé. La quête principale, liée à Desdemona Vertecime, attend que le groupe retourne lui parler au château.
- Le maître du jeu décrit ici trois gros sacs distribués au groupe, puis précise dans l'épisode suivant que Jupiter porte seule un unique sac contenant tout le matériel. La fiche suit cette correction.
- L'épisode est le dernier du premier semestre avant la pause d'été. L'équipe donne rendez-vous à Octogone, les 10, 11 et 12 octobre.