S03E09 - Le Palatinat de Sabrenas (feat Diceyclipse)
L'épisode "Le Palatinat de Sabrenas (feat Diceyclipse)" est le 9e épisode de la saison 3 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 72e épisode enregistré par le groupe.
Résumé
Avant d'accoster, le groupe règle le cortège : nos héroïnes en tête, Gauthier derrière elles sous la garde d'Isembart, Jazz pour ouvrir la marche en musique et Tristram fondu dans la foule. Le barde doit renoncer à la nouvelle épopée que lui a soufflée son luth, l'histoire d'un héritier déguisé dans un royaume ennemi. L'instrument porte la signature d'Ernest Bâtoncreux.
Sur le quai de Sabrenas, Eriksen, l'un des grands, accueille l'ambassade avec une politesse glacée et bouscule Someul au passage. Une jeune femme essoufflée sous un sac à dos énorme les rejoint : Cera, envoyée par le prieuré de la Ruche, la congrégation de la déesse Kanacéraphe, pour sauver les récoltes de jusquiame blanche du palatinat. Elle fait comprendre à Neptune qu'elle la connaît.
Dans la salle du trône, la comtesse Irena von Kamerling reçoit les ambassadeurs avec Saoirse Keller à sa droite, ce qu'Isembart prend pour un acte de guerre. Elle les invite aux fêtes des cent cinq ans de la libération, repousse les négociations à la semaine suivante et les renvoie à leurs appartements, avant de sourire à Cera et de lui confier la plantation malade. Tristram reste au palais pour enquêter et chercher Aliénor, qu'il n'a pas vue.
Nos héroïnes accompagnent Cera. Dans le champ entretenu par des automates, les fleurs ont fané partout sauf le long d'un sentier qui monte jusqu'au monastère du Rayon. En chemin, Cera révèle à Neptune que sa déesse lui demande d'apaiser la querelle entre la Louve Mère et le Chat Borgne, qui divise le panthéon, et Neptune finit par avouer être la championne du second. Cera guérit l'épaule de Someul avec son miel.
Au monastère, une centaine de moines cherchent une nouvelle activité : des brigands leur ont volé leur reine des abeilles faute de pouvoir payer leur protection, et sans abeilles, plus d'hydromel ni de jusquiame. Leur supérieur, Pierre Héphaïstos, indique le repaire des brigands, une vieille tour en ruine dans les collines, et le groupe s'y met en route au coucher du soleil.
Description de l'épisode
Comment Cera distribua gratuitement du miel bio prodit très localement, comment Someul retrouva une épaule toute neuve, comment Chelinka fouilla une chambre mieux que le KGB et comment Neptune tenta de laisser le pardon et la compassion entrer dans son cœur.
Contenu de l'épisode
Le cortège des ambassadeurs
Le Cristal des Mers n'est plus qu'à quelques heures de Sabrenas, et le pont s'agite dans tous les sens. Tristram rappelle que l'impression laissée au débarquement pèsera sur les négociations : arriver en nation forte, ou en porteurs de paix. Le groupe choisit la paix et bâtit sa procession en conséquence. Nos trois héroïnes marchent devant, en habits de nobles, Gauthier derrière elles avec Isembart à ses côtés, puis le capitaine Assaf, les écus royaux en demi-cercle et les soldats en queue. Abigail se fond parmi les soldats.
Tristram pose lui-même le problème de sa présence. Peu de gens savent ce qu'est la dague du roi, mais des espions bien renseignés sauront qu'il s'occupe du renseignement, et son arrivée pourrait mal passer. Il propose de se présenter en chevalier, de se déguiser en écu royal ou de se tenir en retrait, mais le groupe préfère qu'il se mêle discrètement à la foule.
L'épopée de Jazz
Chelinka va annoncer à Jazz qu'il ouvrira la marche. Elle le trouve dans la cabine de Théobald, qui s'habille pendant que le barde griffonne dans son calepin. Jazz accepte avec enthousiasme, puis confie qu'il met de côté l'épopée promise sur sire Lambert : une chanson nouvelle lui est venue, l'histoire d'un héritier d'un royaume lointain qui se déguise pour entrer dans un royaume ennemi. On le fait taire aussitôt, menace de dague comprise, en lui expliquant qu'on arrive dans un contexte politique à fleur de peau.
Jazz jure que c'est pure fantaisie : c'est son luth, Clwood, qui lui chuchote l'inspiration pendant la nuit. Chelinka demande à voir l'instrument. Il paraît tout à fait normal, sauf une signature gravée au dos du manche : Ernest Bâtoncreux, le créateur du refuge qui refusait de laisser partir le groupe. Jazz dit l'avoir acheté à un barde itinérant sans le sou. Il promet de garder l'épopée pour plus tard et va chercher sa trompette.
Le quai de Sabrenas
La brume se dissipe sur une grande île et une cité immense, noire, bordée de montagnes escarpées sous un ciel gris. Tout y est construit en hauteur, en pointes et en triangles, dans une architecture qui ne ressemble à rien de connu. Le navire accoste, Isembart porte l'oriflamme de Véloria et Jazz sonne l'arrivée des ambassadeurs.
Au bout du quai de pierre attend un homme à cheval, entouré de soldats aux uniformes étranges et de l'oriflamme de Sabrenas. Moustache en deux fines boucles, barbe brune, cheveux rasés sur les côtés, yeux maquillés de noir et de bleu scintillant, il toise l'ambassade en silence, descend de cheval et s'incline très bas. Il est Eriksen, l'un des grands de Sabrenas, envoyé par la comtesse Irena pour les conduire au palais. Il promet paix et sécurité au nom de la nation entière, dans un accent qu'on met parfois quelques secondes à comprendre. Tristram s'est mêlé à la foule.
En s'écartant pour laisser ses hommes décharger les cadeaux destinés à la comtesse, il bouscule Someul, qui s'étale par terre. Eriksen se confond en excuses, visiblement effrayé. Someul vérifie ses poches : il ne lui manque rien.
Une envoyée du prieuré de la Ruche
Au moment de partir, une jeune femme remonte le ponton en courant, écrasée sous le sac à dos le plus encombrant qu'on ait jamais vu, un parchemin brandi à la main. Elle le tend à Eriksen, scellé d'une cire jaune vif à l'effigie d'une abeille aux ailes de feu. Elle s'appelle Cera et vient en mission officielle pour la jusquiame blanche.
Sur le chemin du palais, elle raconte ses calèches, ses longues marches et son bateau. Elle vient du prieuré de la Ruche, au service de Kanacéraphe, déesse des abeilles, de la moisson, de l'été, du partage et de la gentillesse. Le prieuré est réputé pour ses conseils en agriculture, et Sabrenas l'a appelé parce que la jusquiame, dont le palatinat fait un grand commerce, pousse grise au lieu de blanche. Elle glisse à Neptune qu'elle pense la connaître, et qu'elles en parleront quand il y aura moins de monde.
Le cortège traverse la place de la Libération, dallée de blanc, où se dresse la statue de bronze d'un homme brandissant une épée et une couronne brisée. Chelinka lit la plaque : elle célèbre le jour où la liberté de Sabrenas a brillé si fort que le soleil en a perdu son éclat, et où la volonté de Thaddäus le Libérateur a brisé la couronne. Eriksen détourne les yeux. Au bout de la route se dresse le palais, cinq tours de pierre grise dont quatre entourent la plus haute, bien plus récent que celui de Véloria.
Devant la comtesse palatine
La salle du trône est pleine d'une foule qui tend le cou pour apercevoir les Véloriens. Sur son trône, Irena von Kamerling porte des cheveux cuivrés bouclés, une couronne d'or aux lames disposées comme les rayons d'un soleil, et un habit de lanières de cuir noir. Autour d'elle se tiennent des hommes vêtus et maquillés comme Eriksen, un homme en armure au sabre, chignon et barbichette, un vieil homme en robe du collège des mages, et à sa droite, le bras posé sur le trône, une femme aux cheveux longs d'un côté et courts de l'autre, au bras de métal et d'engrenages : Saoirse Keller.
Un héraut annonce la comtesse palatine, souveraine des grands de Sabrenas, détentrice du pacte sacré et descendante de Thaddäus le Libérateur. Isembart se crispe et souffle entre ses dents qu'avoir une dissidente du royaume à ses côtés est un manque de respect, un acte de guerre.
Irena souhaite la bienvenue en rappelant qu'il était grand temps que Véloria prenne ses responsabilités, et espère que cette rencontre se passera mieux que la précédente, il y a cent ans. Neptune lui répond sur le même ton, d'une politesse sans faille. La comtesse prépare les célébrations du cent cinquième anniversaire de la libération, compte sur la présence des ambassadeurs et sur un cadeau digne de l'occasion. Les négociations commenceront dans la semaine, et une réception aura lieu le soir même dans la salle du trône pour rencontrer les grands, et d'ici là, trop occupée, elle les prie de se retirer.
Pour Cera, elle a un sourire. L'une des plus grandes plantations de jusquiame, hors de la ville, n'a pas mené sa récolte à terme, et le palatinat vit en grande partie de ce commerce, notamment avec le khalifat de Sapajou. Elle l'y envoie dès l'après-midi avec un guide, et suggère aux ambassadeurs de l'accompagner.
Les appartements du palais
Eriksen conduit tout le monde dans des appartements voisins. Celui de Cera, plus modeste, est haut dans l'une des quatre tours et domine la baie. Elle pose son sac sur le rebord de la fenêtre et en libère ses abeilles, qui partent butiner les jardinières. Chez les ambassadeurs, Chelinka retourne tout, taies d'oreillers comprises, et creuse jusque dans les pommes : rien d'anormal.
Avec Isembart et Tristram, on fait le point : difficile de faire pire que de célébrer la victoire de Thaddäus devant les envoyés de Véloria. Tristram n'identifie avec certitude que Saoirse Keller et a noté la présence d'un mage du collège. Il n'a jamais vu Eriksen, et Aliénor n'était pas dans la salle. Il s'occupera de la trouver et de savoir qui entoure la comtesse.
Cera frappe à la porte avec le guide promis. Laissé dans le couloir, celui-ci n'assiste pas à la suite : à peine entrée, Cera a la lame de Tristram sous la gorge. On la lui fait lâcher en assurant qu'elle est vélorienne. Cera propose un grog au miel pour détendre tout le monde et jure ne rien avoir à faire avec la comtesse : elle ne traite qu'avec ses abeilles et sa déesse. Le groupe confie Gauthier à Isembart, qui jure de le protéger comme sa propre vie, et refuse l'escorte des écus pour ne pas attirer l'attention.
La plantation de jusquiame
En chemin, le guide explique qu'à Sabrenas on paie en pistoles d'or et en sabres d'argent, qui valent exactement les écus et les deniers de Véloria. La plantation, en bordure de Sabrenas, est grande comme un terrain de football. Au lieu d'ouvriers, de petits automates montés sur chenilles, bras articulés, sécateurs et arrosoirs, circulent entre les rangées. Les fleurs, qui devraient être d'un blanc laiteux, sont grises, brunes et rabougries.
Les deux exploitants expliquent que la jusquiame donne l'atropine, l'« atro », une substance onirique et apaisante vendue en gros au khalifat de Sapajou. La floraison s'annonçait bien, puis les fleurs ont fané d'un coup, par un climat normal, avec des automates qui connaissent leur travail. Cera s'accroupit et remarque qu'il n'y a plus une abeille. Il y en avait beaucoup autrefois, admettent-ils. Seul un petit arc de cercle au fond du champ a fleuri. En y regardant de près, Cera voit qu'un sentier de fleurs épanouies serpente dans les collines jusqu'à une bâtisse perchée : le monastère du Rayon, dont les moines font l'hydromel le plus célèbre de la région, presque une boisson nationale. On prévient le groupe que des brigands rôdent dans les collines. Cera, sous sa ruche, porte une énorme hache à deux mains.
Sur le sentier des fleurs
En marchant, Cera s'ouvre à Neptune. Sa déesse Kanacéraphe lui est apparue en rêve, déçue : la Louve Mère et le Chat Borgne se querellent, envoient désormais leurs champions l'un contre l'autre, et le reste du panthéon commence à prendre parti. Kanacéraphe aime que les choses tournent rond, et la première grande mission de Cera est double : sauver les fleurs, et mettre du miel sur les blessures si elle croise les champions.
Elle étale son miel tiède sur la morsure de loup que Neptune porte au cou. La plaie qui tire en permanence s'apaise, sans que la malédiction se lève. Neptune cesse de nier : elle est la championne du Chat Borgne, en secret. Réconcilier les deux camps lui paraît difficile, la dernière fois qu'elle a vu Jupiter, le groupe l'a laissée en piteux état. Elle a saboté le festival de la Louve Mère, mais sur ordre de son dieu. Cera lui fait remarquer qu'on n'est pas obligé de passer sa vie avec une plaie qui suinte au cou.
Cera remarque ensuite que Someul ne bouge qu'un bras. Le prieuré soigne gratuitement quiconque vient le voir et forme ses membres à la médecine de guerre. Elle ausculte l'épaule, sent des éclats d'os brisé, applique un cataplasme de miel, fabrique une attelle de bâton et de feuilles, puis envoie ses abeilles se poser dessus et vibrer pour réchauffer le tout. Someul sent ses os se ressouder et retrouve toutes ses forces, une cuillère de miel en prime. Chelinka, herboriste, demande un pot de ce miel : il ne se vend pas, il s'offre, et Cera lui en donne un.
Le monastère du Rayon
Le monastère du Rayon est une bâtisse sombre aux portes de bois grandes ouvertes, qui rappelle à Neptune le monastère du Colvert. Personne dans la cour, personne dans les chambres. Chelinka fait sortir de terre trois petits bols pour Cera, Neptune invoque le Chat Borgne sans réponse, et Chelinka, qui ne perçoit que la présence des artefacts, ne sent rien de la magie des esprits. Ses appels résonnent dans le vide.
Cera lance alors une graine de nuée dans le jardin : un parterre de fleurs violettes éclot à l'instant où elle touche le sol, les abeilles de la ruche s'y rassemblent, puis s'envolent fouiller le monastère et reviennent guider le groupe. Neptune tire son épée de l'Œuf d'Or, puis la range pour garder Dark-en-Ciel cachée à la main. Derrière la plus grande porte, des éclats de voix. Personne ne répond aux coups frappés, et Cera pousse les deux battants.
Dans le réfectoire, une centaine de moines en bure lancent des idées à l'un des leurs, perché sur une table : des saucisses, du macramé, du camembert, de la confiture, de la bière. Cera fend la foule, grimpe sur la table et se présente. Les moines sont une lointaine branche du culte de Kanacéraphe. Ils ont perdu leurs abeilles il y a quelques semaines : une grosse bande de brigands installée dans les collines a exigé d'être payée pour sa protection, et ces moines pauvres, qui ne possèdent que leur hydromel, n'avaient rien à donner. Les brigands sont repartis avec la reine dans un bocal percé de trous, couverts de piqûres, et les abeilles ont suivi, laissant les ruches à l'abandon. Voilà pourquoi seules les fleurs du chemin ont été butinées, et pourquoi on cherche au monastère une nouvelle occupation.
Leur supérieur se présente sous le nom de Pierre Héphaïstos. Les brigands occupent une ancienne tour de l'époque vélorienne, effondrée sauf son rez-de-chaussée, et dont les étages souterrains, un ancien donjon, leur servent de quartier général. Il ignore leur nombre, mais promet une caisse d'hydromel du Rayon si on lui rapporte la reine. Cera pourrait y aller seule, mais le groupe l'accompagne, et tous prennent la direction de la tour alors que le soleil disparaît derrière les collines.
Facts
- Premier des deux épisodes avec Louise, créatrice de dés sous le nom de Diceyclipse, venue jouer Cera, un personnage de son invention. Le maître du jeu dit l'avoir dotée de nombreux pouvoirs puisqu'elle ne reste que deux épisodes, dont un miel magique noté en quantité illimitée sur sa fiche, sa ruche le produisant en continu.
- Le personnage de Cera n'arrive qu'une vingtaine de minutes après le début de la partie : Louise lance le générique, puis écoute la table jouer.
- Le premier jet de l'épisode se fait avec les dés offerts par Louise à la table. Celui de Louise est orné de rayons de miel et de fleurs de lavande.
- La graine de nuée fonctionne d'emblée parce que c'est sa première utilisation : le maître du jeu tenait à montrer à quoi elle sert.
- C'est la table qui baptise le moine supérieur, à l'invitation du maître du jeu.
- Le maître du jeu compare l'accent des Sabrins à un mélange d'accent allemand et d'accents scandinaves, et cite la Sagrada Familia comme inspiration du palais.
- La table fête les 2000 abonnés sur Instagram et des cartes de visite financées grâce au Ko-fi, et annonce un projet secret dévoilé à la fin de l'épisode suivant.