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episodes/saison-3

S03E20 / Pt.02 - Thyvald le magnifique

L'épisode "Les Persifleurs de Sabrenas” est le 20e épisode de la saison 3 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 83e épisode enregistré par le groupe.

Résumé

La fête de Thyvald écrase tout ce que le groupe a vu, et le maître de maison n'y paraît jamais. Chelinka, bousculée dans la foule, retrouve Eriksen éméché et le suit chez lui. Someul découvre qu'il entend penser un chihuahua, et Neptune va prendre la pose sur un balcon où une dizaine de femmes lisent déjà, cheveux au vent.

Après le départ de Chelinka, une inconnue rend aux deux autres le mouchoir qu'Eriksen a laissé tomber : celui dont on a chloroformé Someul à la soirée des ambassadeurs. Ils apprennent au même moment que plusieurs nobles ont perdu leur page ou leur dame de compagnie depuis l'entrée.

Torghain, un chanteur d'opéra ami de Thyvald, donne à Neptune une bague qui vaut laissez-passer. Dans une aile fermée au public, Thyvald reçoit non pas des nobles mais leurs serviteurs : ancien page lui-même, il sait qu'on parle devant les invisibles, et ses fêtes lui rapportent les secrets de toute la cour. Contre le journal d'Aliénor et l'aveu qu'un chevalier du roi accompagne l'ambassade, il indique où Rosalie négocie sa fuite avec un navigateur.

Chez Eriksen, Chelinka découvre derrière deux portes verrouillées des centaines de membres cousus ensemble en huit pattes gigantesques : le corps qu'il construit pour l'Araignée, qui le tient par ses cauchemars depuis des années. C'est lui qui a pris les yeux du cadavre et voulait les mains de Someul, et il lui manque des jambes. Elle l'enferme dans un cercueil de pierre et réduit l'amas en cendres à la flamme verte.

La femme voilée qui prend la fuite dans le manoir est la vraie Aliénor. Dès son arrivée, elle avait échangé son rôle avec sa servante : c'est Rosalie qui jouait la noble, et c'est Rosalie qu'on a tuée. La veille, Irena était venue s'y confier en pleurs et avait lâché que c'était elle qui avait fait emprisonner Eogan, secret qui ferait déserter Saoirse. Un homme encapuchonné est entré peu après et a arraché les yeux de Rosalie. Aliénor s'est cachée, a emporté les pages du journal et fuit depuis. Elle les remet au groupe. Minuit sonne, la lumière verte jaillit d'une des tours du palais.

Description de l'épisode

Comment Chelinka voulu du uc, comment Neptune fut très très mystérieuse et comment Someul devint (presque) l'ami des animaux magiques.

⚠️TRIGGER WARNING : GORE de 00:40:00 à 00:41:05⚠️

Contenu de l'épisode

La plus belle fête de Sabrenas

La file d'entrée part de la porte et se déverse jusque dans la cour, entre les carrosses, ceux qui arrivent à pied et ceux qu'on refoule faute d'invitation valable. Les leurs sont bonnes, et ils passent.

À l'intérieur, le mariage du prince Léomir ressemble à une fête de voisins. Des musiciens jouent sur une scène ronde au-dessus d'une fontaine intérieure, deux escaliers en colimaçon s'enroulent autour des colonnades pour se rejoindre sur un balcon qui surplombe la salle, et le hall tient de la jungle avec ses vases de marbre où poussent des plantes dont les feuilles frôlent les têtes. La table centrale déborde de fruits qui roulent et tombent, des pyramides de verres de cristal versent de l'hydromel du rayon à flots, des femmes portent des robes faites de verres de champagne, et des plateaux dorés défilent au-dessus des convives avec des porcs entiers, du cygne aux châtaignes, des canards à l'orange, du saumon. Feux de bengale, confettis, fumée colorée : il se passe trop de choses pour qu'on comprenne tout.

C'est aussi bondé qu'une fosse de concert. Traverser de l'entrée au milieu de la pièce demande de forcer des coudes et de s'excuser à chaque pas. Personne de connu dans la foule, et pas de maître de maison : Thyvald paraît rarement à ses propres fêtes, et personne ne sait jamais où il est.

Un chihuahua, un balcon et un verre renversé

Trois choses arrivent en même temps.

Someul remarque un vieux monsieur qui discute avec un chihuahua dans les bras, un collier de pierres précieuses au cou de la bête. Il croise le regard du chien et entend, dans sa tête, que ce type est louche et le regarde bizarrement. C'est le premier animal qu'il entend penser. Le maître le lui met dans les bras de bonne grâce, le chien se débat en pestant, se plaint d'être traîné à ces soirées tous les soirs, réclame qu'on l'emporte et promet un trésor si on le libère. Son maître l'appelle Sucrette, ce dont il pense pis que pendre : lui, dit-il, s'appelle Gérard. Someul finit par le rendre malgré ses gémissements.

Neptune a repéré depuis le hall une femme assise sur un balcon extérieur, cheveux au vent, un livre à la main. En arrivant, elle en trouve une dizaine, toutes adossées à la rambarde à lire les cheveux au vent : c'est la mode, comme au mariage royal. Elle s'accoude, regarde au loin, lève un sourcil, et le fait si bien que les autres, jalouses, redoublent de mystère et d'indifférence pour la fête.

Chelinka s'étouffe dans la fumée d'un cigare, se retourne mal et heurte quelqu'un qui renverse un verre sur elle en s'excusant mille fois. C'est Eriksen, costume noir et or, paupières dorées, les joues roses et déjà pompette. Il est venu seul, Rickard n'aimant pas ce genre de soirée, et ces fêtes lui permettent de lâcher la pression. Ils trinquent à la paix. Interrogé sur les vrais amis de Thyvald, il nomme Torghain, un chanteur d'opéra très connu, habitué des lieux, et propose de les y conduire.

Le mouchoir brodé

En cherchant le chanteur, Eriksen interroge des nobles qui ont tous l'air de chercher quelque chose autour d'eux. L'un finit par avouer qu'il ne trouve plus son page, disparu depuis leur entrée. Une dame n'a plus vu sa dame de compagnie depuis la porte, et s'en moque, on s'amuse tellement ici.

Le chanteur est dans un salon privé à l'écart, gardé par deux gardes du corps : cheveux ébouriffés, chemise à moitié ouverte, un verre à la main, étendu sur des coussins au milieu de jeunes gens qui l'écoutent parler et se passent une pipe d'atropine. Eriksen, déçu de découvrir que ses invités ont un objectif à remplir, propose à Chelinka de continuer la conversation chez lui, plus au calme. Elle accepte et s'en va sous les gloussements de l'assistance.

À peine partie, une inconnue vient trouver les deux autres : le monsieur en costume doré avec qui ils parlaient a fait tomber quelque chose, qu'elle leur confie pour qu'ils le lui rendent. C'est un mouchoir brodé, du même genre que celui dont on a chloroformé Someul le soir de la réception des ambassadeurs, avant de l'attacher pour lui couper les mains.

Un coup de sifflet dans la foule fait sortir un vieillard de la guilde des Persifleurs, sifflet contre sifflet : il faut retrouver un homme aux paupières dorées et une femme au grand col perlé, les retarder, les localiser. Le vieux range sa canne télescopique, se redresse et part faire passer le mot. Ils sont déjà loin.

Ce que Thyvald fait de ses fêtes

Passer les gardes du corps demande mieux qu'un numéro d'ivrogne. Someul se met à chanter de l'opéra si mal que les convives s'arrêtent, outrés, et que le chanteur sort de sa pièce pour le gifler et lui jeter le fond de son verre à la figure : quel déshonneur envers l'art. Neptune embraye sur le compliment, se dit absorbée par ses paroles depuis le fond de la salle, et se voit invitée à l'intérieur pour être protégée du manque de talent des malotrus. On l'installe sur un coussin, on lui sert de l'hydromel du rayon et on lui passe la pipe, dont elle fait semblant d'user.

Elle en vient à souhaiter remercier Thyvald en personne. Le chanteur, flatté, lâche ce qu'il sait : son grand ami se tient toujours à l'écart de ses fêtes, dans une aile du manoir fermée au public, avec quelques invités de marque. Il retire une bague de son doigt et la lui donne comme laissez-passer, à charge de revenir dans dix minutes exactement.

Plus ils avancent dans le manoir, moins la foule et la musique se font entendre. Deux gardes s'écartent à la vue de la bague, et la pièce est un petit salon cosy où l'on boit du champagne et mange des macarons. Thyvald est là, dans un costume grandiose : ce qui lui tient derrière la tête ressemble à un oreiller et une énorme couette rouge s'enroule autour de lui, le tout porté avec une distinction confondante. Il se tient à l'écart et observe. Et les invités de marque ne sont pas des nobles : ce sont des dames de compagnie, des pages et des serviteurs.

Il n'en fait pas mystère. Ses fêtes réunissent tous les nobles du palatinat en un seul endroit, mais surtout elles font venir leurs serviteurs. Lui-même a été page : il sait qu'on ne fait pas attention à eux, qu'on ne se souvient pas de leur visage, qu'on oublie qu'ils sont là, et qu'on dit devant eux des choses qu'on ne dirait pas autrement. Il leur offre donc un endroit pour se vider la tête de tous ces secrets, et leur en glisser quelques-uns. Ce qu'il en garde, il le garde dans sa manche pour le jour où il aura un accord à passer.

Interrogé sur Rosalie, il dit d'abord ne pas connaître ce nom, et s'entend répondre qu'il ment très mal, ce dont il s'offusque : il est un excellent menteur. Il sait surtout, concède-t-il, qu'elle détient des informations et que des gens la cherchent pour de mauvaises raisons. La preuve du contraire, Neptune la fournit en sortant le journal d'Aliénor : les pages arrachées, le soupçon qu'Aliénor n'est pas Aliénor, le danger qui pèse. Il lit en diagonale, referme, et en tire la conclusion qui l'intéresse : la morte était donc une espionne de Véloria. Un secret pour un secret, il veut savoir si le chevalier du roi dont Irena réclamait la présence accompagne bien l'ambassade. On le lui accorde, et il rend sa part : Rosalie cherche à quitter le palatinat par tous les moyens, elle négocie en ce moment même avec un navigateur qu'il lui a présenté, dans une pièce à l'écart de son propre manoir. Elle craint pour sa vie et doit partir vite.

Ce qu'Eriksen construit

Chez Eriksen, la maison est sombre et un serviteur allume quelques bougies. Ils s'affalent sur une banquette bleu nuit, rient, et son rire s'arrête d'un coup. Il regarde par la grande fenêtre, mélancolique, et demande à Chelinka si elle fait des rêves récurrents.

Les siens ont commencé quelques années plus tôt, de petits cauchemars dont il ne gardait au réveil que la fatigue. Puis elle est apparue, et elle a commencé à demander des choses. Il a résisté, les cauchemars ont empiré, il n'a plus dormi du tout, terrifié et épuisé, et il a fini par faire ce qu'elle demandait. Les cauchemars se sont arrêtés. Elle est revenue avec d'autres demandes et des cauchemars pires encore, et il a compris qu'il n'avait pas le choix. Elle est emprisonnée, son corps ne la satisfait pas, elle en veut un neuf, et c'est lui qu'elle a choisi pour le construire. On ne peut pas lui dire non. Est-ce que Chelinka veut voir ?

Il tire de sous sa chemise une chaîne avec une clé, déverrouille deux grandes portes, et l'odeur putride qui monte donne envie de vomir avant même qu'elles s'ouvrent. Derrière, des bras, des jambes, des mains, des têtes : des centaines de membres cousus les uns sur les autres en un tas de chair informe et sanguinolent, certains en décomposition avancée, la chair coulant des os, des asticots dans les orbites et les bouches ouvertes, des milliers de mouches dont le bourdonnement emplit la pièce. Puis la lune éclaire les contours, le regard remonte le long des bras et des jambes cousus ensemble, et la masse prend sa forme : huit pattes décharnées, gigantesques.

Eriksen sourit de toutes ses dents. Il a bientôt fini, ce sera pour bientôt, elle le laissera enfin tranquille. Il lui manque quelques parties, des jambes par exemple, et il fait remarquer à Chelinka qu'elle a de très belles jambes. Il a un mouchoir dans la main.

Elle gagne du temps par l'empathie, une tâche si lourde pour un seul homme, il mériterait de l'aide, ce qui le ralentit un instant sans le détourner : il a donné son sommeil et sa santé mentale, il est temps que cela cesse, et on vit très bien sans jambes. Il se jette sur elle pour lui coller le mouchoir sur le visage, mais elle dévie sa main et lui met un coup de tête qui lui met le nez en sang. Le temps qu'il recule, des dalles de pierre sortent du sol et se referment sur lui, ne laissant sortir que la tête.

Il répond alors à tout, sans se cacher. Oui, c'est lui qui a pris les yeux de la vieille dame. Oui, c'est lui qui voulait les mains de Someul, sans rien avoir contre lui : elle le force. Et non, il ne craint pas d'être la dernière pièce du puzzle. Elle habitera son corps neuf et le laissera en paix, et ce sera peut-être une bénédiction pour le monde, si l'on savait ce qu'elle lui a montré dans son sommeil.

Chelinka annonce qu'elle va abréger ses souffrances, tend la main, et l'amas s'embrase d'une flamme verte incandescente. Eriksen hurle, secoue la tête, force contre la pierre, et ses cris d'agonie résonnent derrière elle pendant que le corps de l'Araignée tombe en cendres. Dans une autre trame, lui dit-elle en partant, cela aurait pu se passer autrement entre eux.

La vraie Aliénor

Vingt-trois heures cinquante à la grande horloge. Les deux autres ouvrent la porte de la pièce indiquée : une dame au visage dissimulé discute avec un homme qui a l'air d'un navigateur, et elle prend la fuite dès qu'elle les voit. Un croche-pied la manque, elle se bat avec la poignée de la porte opposée, souffle sur un poudrier qui les aveugle d'un nuage, appelle le navigateur au secours en criant qu'on veut la tuer. Neptune l'attrape par le bras à l'aveugle.

Ce qui la calme, ce n'est ni le journal ni la ceinture de la Louve mère : c'est le nom de Tristram. Elle demande où il est, retire son voile, et son visage est celui d'une vieille femme. Elle s'appelle bien Aliénor, et elle est celle que le roi a envoyée.

En arrivant au palatinat, elle a craint de ne pas connaître les coutumes locales et de ne pas s'intégrer. Elle a donc échangé sa place avec une jeune femme qui avait été servante et connaissait la culture du pays : Rosalie s'est fait passer pour Aliénor, et Aliénor pour sa dame de compagnie, sans le dire à personne. C'est donc Rosalie qui a joué la noble vélorienne pendant des années, Rosalie qu'Erwin courtisait et à qui il proposait sa guilde, et Rosalie qu'on a tuée.

La veille de la mort, Irena est venue dans la chambre, en pleurs, sortant d'une réunion du conseil, cherchant quelqu'un à qui se confier. Elle a révélé une chose qui a tout fait basculer : c'est elle qui a dénoncé Eogan pour le faire emprisonner. C'est un secret qui ne doit surtout pas atteindre Saoirse, si proche de son frère qu'elle déserterait en l'apprenant, et Irena n'aurait jamais dû le dire.

À peine repartie, les deux femmes ont commencé à faire leurs bagages pour s'enfuir. C'est là qu'un homme encapuchonné est entré. Aliénor a réussi à se cacher, mais Rosalie a été exécutée sous ses yeux, les yeux arrachés, un spectacle horrible. Une fois l'homme parti avec les yeux dans sa poche, elle a attrapé ce qu'il y avait dans le tiroir et s'est enfuie. Ce sont les pages manquantes du journal, où tout est écrit, avec les preuves qu'Irena lui a données. Elle les tend au groupe.

Le premier coup de minuit sonne. Une lumière verte filtre par la fenêtre : elle vient d'une des tours du palais. Aliénor lève les yeux et se demande ce que c'est. Dehors, Chelinka la voit aussi, et sait ce qui va suivre. Des passants la pointent du doigt, la lueur gagne tout le paysage, puis elle éclate comme une chute de plusieurs étages.

Facts

  • L'épisode a été enregistré d'une traite avec le précédent, deux heures vingt-neuf, et publié en deux parties.
  • Plusieurs scènes prévues sont passées à la trappe faute de temps : un contrôle à l'entrée où le groupe est soupçonné de faux billets, une bague remise par une inconnue, et un intermédiaire de plus entre le chanteur d'opéra et Thyvald.
  • Le maître du jeu confirme avoir posé les pages disparus comme indice et avoir compté sur la table pour faire le rapprochement.
  • Le nom du chihuahua change trois fois en une scène : Sucrette pour son maître, Gérard pour lui-même, Richard pour la table, et c'est ce dernier que le maître du jeu retient.
  • Le maître du jeu tient les deux quêtes d'Aliénor et des yeux de la vieille pour closes à la fin de l'épisode.

Références

https://open.spotify.com/episode/4tp3KoqesVlFdMSlzm1qI3?si=qUtE_MxEQE-dzhxaVuvjRQ