Les Enquêtes du DAP #02 - Les profondeurs de l'ombre
L'épisode "Les Enquêtes du DAP #02 - Les profondeurs de l'ombre" est un épisode Hors-Série du Mythe de la Taverne.
Résumé
Octobre 1983, à Véloria. Ce que Kiko Tanaka a trouvé dans le jardin est une trace de pas dans la boue, sous la fenêtre même que Clarisse ne cessait de regarder. Faute de renforts, le département des affaires paranormales laisse la jeune femme et sa mère barricadées près du téléphone, et part fouiller l'appartement d'Ethan Jones.
L'appartement donne sur l'Alconquin. On y trouve des têtes de poisson et des grenouilles au congélateur, des arêtes plein la poubelle, une réserve invraisemblable de crème hydratante, et surtout une flaque de sang bleu bien plus large que la tache rouge de la moquette : la victime est morte de son sang à elle, pas de celui d'un humain. Le voisin Michael confirme le récit de Clarisse et mène les policiers là où il a perdu les deux agresseurs, près d'une grille d'égout entrouverte. Au même moment, la radio de la voiture annonce un enlèvement sur Léomir Street.
Quand la brigade arrive chez la mère de Clarisse, la fenêtre est brisée et la jeune femme a disparu. Les policiers interceptent près d'une bouche d'égout un être à visage humain, à la peau pendante et aux crocs acérés. Matthew Johnson, un couteau d'os planté dans le flanc, l'enferme dans le coffre de la voiture de fonction.
Sous la ville, ils retrouvent Clarisse inconsciente au milieu d'un amoncellement d'ossements, puis, au bout d'un tunnel éclairé, quatre créatures occupées à écorcher des cadavres et à faire sécher les peaux sur des fils. La fuite tourne mal : une horde d'hommes poissons envahit la grande salle, et Nancy Brown est arrachée à la main de Kiko au pied de l'échelle. Elle meurt dans l'eau des égouts.
Clarisse est sauvée, mais le prisonnier a éventré le coffre de l'intérieur et disparu. Kiko conduit les enquêteurs jusqu'à la grande salle, où elle découvre, gravée dans la pierre sous les ossements, la marque en forme d'œil que portait Ethan. Le DAP enterre sa chef et rouvre ses dossiers.
Description de l'épisode
Comment Nancy voulu passer la première mais le regretta amèrement, comment Matthew enferma un otage dans le coffre de sa voiture et comment Kiko utilisa toutes les ressources disponibles du DAP.
Contenu de l'épisode
Une trace de pas sous la fenêtre
La pluie n'a pas cessé. Dans le jardin de la maison de Léomir Street, Kiko Tanaka éclaire le pied du mur et trouve une empreinte dans la boue, juste sous la fenêtre devant laquelle Clarisse se tenait assise, à regarder derrière elle toute la soirée. Elle la photographie. L'empreinte n'est pas palmée, et la boue détrempée ne dit pas si elle date de quelques secondes ou de plusieurs jours. La mère de Clarisse, elle, n'a pas mis un pied dehors de la journée.
Le DAP se réunit à l'écart. Le service n'a que trois agents, une seule voiture et aucun moyen de rester en contact s'il se sépare, et la patrouille du quartier est repartie en ricanant. Personne ne veut laisser la jeune femme seule, mais personne ne veut non plus abandonner l'enquête pour monter une garde qui n'a rien d'officiel. La brigade choisit de repartir à trois. Avant de quitter la maison, les policiers font enfermer Clarisse et sa mère dans la pièce où se trouve le téléphone, portes closes, fenêtres fermées, meubles poussés contre les battants, avec la consigne de n'ouvrir à personne et d'appeler le commissariat au moindre signe. Les deux chats de la maison serviront d'alarme : quand quelque chose ne va pas, ils le sentent.
L'appartement de la résidence Skyke
La voiture quitte les pavillons pour descendre vers le port, dans un quartier pauvre bordé par l'Alconquin. La résidence Skyke est une longue barre de logements sociaux posée au bord du fleuve. Au deuxième étage, au bout du couloir, les scellés de la police barrent la porte que les clés de l'inspecteur Jackson ouvrent.
Le logement d'Ethan Jones est petit et pauvre : un vieux frigo qui ronfle, du papier peint vif, une odeur écœurante. La tache de sang rouge sèche sur la moquette du séjour, au milieu de traces d'eau boueuse et de coulées visqueuses jusque sur les murs. Nancy Brown s'approche d'une fenêtre et découvre que l'appartement donne droit sur les eaux noires du fleuve. Sur le quai d'en face, sous l'averse, deux silhouettes en imperméable se tiennent immobiles et paraissent regarder vers l'immeuble.
Kiko fouille. La bibliothèque ne porte que des livres d'histoire et d'art, dans une langue connue, sans rien de glissé entre les pages. La penderie ne contient que l'uniforme de la station-service Cristal 7-7, poches vides. La marque en forme d'œil n'apparaît nulle part. Le congélateur, lui, cache derrière un pot de glace et un paquet de petits pois un sac de congélation rempli d'une dizaine de têtes de poisson crues et de grenouilles gelées. La poubelle déborde d'arêtes, et il n'y a pas un animal dans l'appartement pour les avoir mangées. Dans la salle de bain, l'armoire à pharmacie est pleine de pots de crème hydratante, entamés ou vides, tous de la même date.
Le témoignage de Michael
On frappe. Matthew Johnson regarde par le judas et ouvre à un jeune homme en marcel, très bâti, brushing impeccable : Michael, le voisin, qui se demandait qui fouillait l'appartement. Il mangeait des pizzas avec Ethan de temps en temps, sans plus.
Son récit recoupe celui de Clarisse. Alerté par les cris, il est sorti et a vu deux hommes nus, larges de mains et de pieds, dont l'un criait dans une langue incompréhensible à l'autre, occupé à se débattre avec la jeune femme. Ils tenaient des objets qu'il a pris pour des armes. Quand ils ont fui, il les a poursuivis dans l'escalier jusqu'aux berges de l'Alconquin, où il les a perdus de vue.
Avant de partir, Kiko compare la flaque de sang de la moquette à l'éprouvette rapportée de la morgue. La quantité de sang rouge est trop faible pour une hémorragie mortelle. Autour d'elle, en revanche, s'étale une flaque bien plus large du même liquide bleu et visqueux : c'est de ce sang-là qu'Ethan est mort. La brigade en tire sa théorie de travail, qu'elle sait invendable à un procureur : la victime était de leur espèce, elle devenait humaine, et les siens sont venus la reprendre.
Deux appels radio et une grille d'égout
En redescendant, Matthew entend grésiller la radio de la voiture. Deux messages du central se suivent : des individus suspects rôdent au croisement de Beneven Street et de l'avenue Doyle, c'est-à-dire devant la morgue du 22e district, et une infraction avec enlèvement vient d'être signalée sur Léomir Street.
Pendant ce temps, Michael a conduit les deux autres à l'endroit où il a perdu les fuyards. Kiko se place où il se tenait, cherche ce qu'il ne pouvait pas voir de là, et bute un peu à l'écart sur une grille d'égout à moitié ouverte. Le voisin est renvoyé chez lui, la position transmise au central, et la brigade descend.
Nancy tient à passer la première. Sa main dérape sur le premier barreau, elle reste une seconde suspendue dans le vide et s'écrase sur le dallage, le souffle coupé : première blessure grave. Matthew descend derrière elle, s'aperçoit à temps que les barreaux sont recouverts de la même matière visqueuse que celle relevée chez la victime, et la relève en bas. Les égouts sont un labyrinthe : des galeries partent dans toutes les directions, une rivière de boue coule au milieu, la puanteur couvre toute autre odeur et la viscosité s'arrête à l'échelle. Sans plan des égouts, impossible de choisir un couloir. Le DAP remonte, allume le gyrophare et réclame au central toutes les voitures disponibles pour Léomir Street.
L'enlèvement de Clarisse
La mère de Clarisse sort à leur rencontre en peignoir trempé, bigoudis en bataille, et s'agrippe à leurs vêtements : on lui a pris sa fille. Elle dormait, un bris de verre l'a réveillée, elle s'est précipitée au salon et a vu deux hommes en grand imperméable noir emporter Clarisse dans leurs bras. Elle montre la direction.
Kiko braque sa lampe et repère, plusieurs centaines de mètres plus loin, une bouche d'égout où quelque chose bouge. Elle y court. La plaque claque et se referme sous leurs yeux. À trois, ils parviennent à la soulever, et Matthew hurle soudain : une lame lui est entrée dans le flanc. Dans le faisceau de la lampe apparaît un visage d'homme déformé, col relevé, peau pendante, yeux luisants et bouche pleine de dents acérées. Kiko tire et lui casse l'épaule. La créature se relève, Nancy glisse sur la matière visqueuse en tentant de la menotter et tombe à genoux. L'être la saisit et la projette en arrière dans l'eau, deuxième blessure grave. Kiko tire une seconde fois, dans le genou. Matthew, boitant, lui passe enfin les menottes pendant qu'elle claque des mâchoires pour lui attraper les mains.
Des hurlements de femme remontent alors de la bouche d'égout ouverte. Matthew traîne le prisonnier jusqu'à la voiture, l'enferme dans le coffre, réclame des ambulances au central, et rejoint ses collègues déjà descendues. Le couteau qu'il retire de sa plaie est une lame d'os hérissée de dents alignées, à laquelle il en manque une, exactement celle restée dans le corps d'Ethan.
Le repaire des écorcheurs
Dans le labyrinthe, les policiers se perdent, crient le nom de Clarisse et frappent un tuyau d'acier avec une paire de menottes pour faire du bruit. Un dernier hurlement, interrompu net, leur donne une direction. Après de longues minutes de canalisations, ils débouchent dans une vaste salle ronde et voûtée où convergent toutes les conduites de la ville, assourdissante d'eau qui tombe, plus puante encore que les galeries.
Kiko repère Clarisse, étendue inconsciente au milieu d'un amoncellement d'ossements, et un tunnel éclairé à l'opposé d'où viennent des bruissements. Nancy lui prend le pouls : elle est vivante. Matthew la charge sur son dos, Nancy ramasse un fémur brisé en guise d'arme, et Kiko et elle s'engagent dans le tunnel.
Au bout, une salle. Des créatures mi-poisson mi-amphibien, peau rugueuse et écailleuse, doigts palmés et crochus, énormes yeux globuleux : quatre hommes poissons entourés de cadavres, les uns intacts, les autres écorchés vifs. Sur les murs, tendues à des fils, des peaux humaines sèchent. Deux des créatures sont en train d'inciser la colonne vertébrale d'un corps et de tirer la peau de part et d'autre. Les quatre se retournent d'un bloc et se jettent sur les deux policières. Kiko en abat un d'une balle dans la tête. Nancy esquive une griffe qui se fiche dans le mur et enfonce son fémur dans un flanc écailleux. Elles battent en retraite. L'une des créatures attrape Nancy à la cheville, Kiko lui crève un œil d'un coup de crosse, Nancy s'en dégage d'un coup de pied.
La remontée
Dans la salle ronde, les hommes poissons sortent maintenant de tous les tunnels à la fois. Ils sont bientôt vingt, trente, une masse grouillante qui avance de partout sauf de la galerie d'où le groupe est venu. La brigade court en leur jetant à la volée tout ce qu'elle ramasse d'ossements, sans beaucoup les ralentir. La lampe de Kiko s'éteint en chemin, elle la jette derrière elle. Nancy finit par trouver à tâtons les barreaux d'une échelle sous une plaque percée de trous par où filtre la lumière.
Une main jaillit de l'eau et saisit la cheville de Kiko, qui tire dedans. Matthew pose Clarisse, force la plaque et sort. Nancy soulève la jeune femme à bout de bras pour qu'il l'attrape, et un homme poisson la plaque au même instant dans l'eau brune. Aveuglée, elle ne sait plus où est la surface : elle souffle et suit ses propres bulles avec la main. Depuis l'échelle, Kiko vise les remous dans la lumière et tire. L'étreinte lâche, Nancy refait surface et s'accroche au rebord.
Ces secondes ont suffi. La horde est sur eux des deux côtés. Nancy lance ses menottes pour écarter un côté pendant que Kiko tire de l'autre, et attrape un barreau. Une dizaine de mains se referment alors sur son torse et la tirent en arrière. Kiko la retient par la main, Matthew retient Kiko, ils tirent de toutes leurs forces. La main glisse, et Nancy Brown est aspirée dans l'obscurité par la masse des hommes poissons.
Ce qui reste du DAP
Quand le calme retombe, la rue grouille de patrouilles et d'ambulances arrivées trop tard. Le coffre de la voiture de fonction a été éventré de l'intérieur : le prisonnier n'y est plus. Matthew se fait soigner à l'arrière d'une ambulance, Clarisse est enveloppée dans une couverture de survie, et Kiko redescend en tête des enquêteurs jusqu'à la grande salle. Là, en écartant du pied les ossements entassés au centre de la pièce, elle trouve gravée dans la pierre la marque en forme d'œil relevée sur la hanche d'Ethan Jones.
Il pleut encore le jour de l'enterrement. Sous un champ de parapluies noirs, on descend le cercueil de Nancy Brown, recouvert du drapeau de Véloria. Puis Kiko et Matthew retournent au bureau du DAP, rouvrent les dossiers, et commencent à punaiser sur un panneau de liège les photographies de l'affaire, reliées entre elles par du fil rouge.
Facts
- C'est la première mort d'un personnage joueur du podcast. Le maître du jeu n'avait rien prévu de tel : la table relève après coup que Nancy a péri d'un enchaînement de circonstances, dont le fait qu'elle soit sortie la dernière de la bouche d'égout parce qu'elle faisait passer les autres.
- Les six balles du barillet ont été tirées, et aucune dans le vide. Le maître du jeu n'avait donné qu'une seule arme au service pour que la table ne compte pas dessus, en imaginant qu'elle circulerait entre les personnages, mais elle est restée tout l'épisode entre les mains de Kiko, la seule à avoir un bon score de tir.
- Le maître du jeu propose un retour en arrière à mi-partie pour que Matthew rejoigne ses collègues dans les égouts, une fois le prisonnier enfermé dans le coffre.
- La scène de l'enterrement est réclamée par la table comme une scène post-générique, à la manière des films Marvel.
- L'ouverture des Enquêtes du DAP suivantes, parues un an plus tard, rejoue autrement la dernière scène : Kiko ne lâche pas la main de Nancy et bascule avec elle dans l'eau des égouts. C'est un cauchemar dont elle se réveille, pas une correction de ce qui s'est passé ici.
- L'épisode se clôt sur l'annonce du retour à la saison 3 et à l'enlèvement de Someul.