S02E11 - La bibliothèque de l'invisible
L'épisode "La Bibliothèque de l'invisible" est le 11e épisode de la saison 2 du Mythe de la Taverne Ainsi que le 36e épisode enregistré par le groupe.
Résumé
L'archimage Almaric Beckett fait découvrir aux premières années la Bibliothèque de l'Invisible, une sphère sans mur ni plafond où l'on marche sur toutes les parois, avec le Plénimythe enfermé au centre dans une sphère armillaire. Il prévient : la bibliothèque ouvre des pièces cachées à qui déplace un livre, et ces pièces en contiennent d'autres, sans fin.
Le premier cours est celui des mages archivistes, donné par Adeliphas Bonjoyeux. Les grimoires écrits par des mages ont une volonté propre, héritée de leur auteur et du sujet traité, et le métier consiste autant à les conserver qu'à les dresser. Chacun reçoit un ouvrage à apprivoiser : Someul amadoue un livre timide en lui posant une plante à côté, Chelinka se fait claquer la main par un traité sur les familiers avant de le calmer, Neptune court après un livre qui fait du parkour dans les étagères et n'y arrive qu'en lui clouant le ruban au sol.
Bonjoyeux dit aussi ce qu'il sait du Plénimythe : personne n'en connaît l'auteur ni l'origine, il se remplit seul de pages venues d'autres réalités, et seuls les archivistes et surtout les archimages sont autorisés à le consulter. C'est pour éviter les catastrophes des grimoires échangés par magie d'un bout du monde à l'autre que la bibliothèque a été bâtie.
Description de l'épisode
Comment Chelinka apprit à ses dépends qu'on ne gratte pas le ventre d'un chat, comment Neptune ne supporta pas de ne pas être la chouchou du professeur et comment Someul voulu apporter une boisson chaude à un livre.
Contenu de l'épisode
Une sphère et rien d'autre
Les portes poussées par l'archimage Almaric Beckett ouvrent sur la Bibliothèque de l'Invisible, baignée d'une lumière chaude filtrée par de grandes verrières. Les rayonnages de bois montent plusieurs fois la taille d'un homme et forment un labyrinthe qui s'étend à perte de vue, avec des échelles coulissantes et des bureaux où les distingués recopient leurs notes.
Puis la vue se retourne. Le bâtiment est une sphère sans mur ni plafond : les étagères courent sur toutes les parois, les distingués marchent la tête en bas au-dessus des visiteurs sans qu'un cheveu bouge, et l'on croit toujours être celui qui marche à l'endroit. On finit par se retourner et par trouver la porte d'entrée à l'opposé.
Au centre flotte une sphère armillaire de cuivre et d'or gravée de symboles, ceinte de cercles qui tournent lentement autour d'un même axe. Elle enferme le Plénimythe sous plusieurs couches de protections, et se tient trop haut pour qu'on l'atteigne, même en montant sur les rayonnages. Beckett recommande surtout la prudence : pousser une étagère ou tirer un livre ouvre une pièce cachée, laquelle en ouvre une autre, et l'on peut s'enfoncer sans fin dans des salles qui n'appartiennent pas à cette réalité. On y verrait des livres que personne n'a jamais lus et que personne ne lira, et on n'en reviendrait pas pour le raconter.
Les vertus du silence
Une distinguée rousse et bouclée les aborde pendant la visite. Adeline Roberts est en première année comme eux, connaît la capitale pour y être venue avec ses parents, et enchaîne les questions sur qui ils sont et d'où ils viennent. Someul donne son nom d'emprunt, les deux autres esquivent.
Beckett lève la main sans se retourner. Des pierres viennent se coller autour de la bouche d'Adeline et lui composent un masque : dans une bibliothèque, elle apprendra les vertus du silence et retrouvera l'usage de sa bouche à l'heure du repas, en attendant elle est invitée à se servir de ses oreilles. Elle passera le reste de l'épisode à saluer de la main derrière son bâillon.
L'archimage laisse ensuite sur place ceux qui ont pris le cours des mages archivistes et emmène le reste des premières années. Les trois ont quatre horaires : les archivistes ici même, la pratique magique en bas de la falaise sous le collège, le cours de Beckett sur les mages conseillers dans l'ombre du pouvoir, et l'histoire de la magie contemporaine avec l'archimage Léonard Montgomery.
Ce que voit un regard entraîné
Restés seuls sous la sphère, les trois inspectent les lieux. Chelinka remarque ce qu'elle n'avait pas vu : tous les livres sans exception sont enchaînés à leurs étagères, avec des chaînes proportionnées à ce qu'ils contiennent, certains enfermés dans de véritables cages de fer.
Neptune compte les issues. Il n'y a qu'une entrée, les deux portes battantes, accessible du collège comme de l'extérieur, et les verrières ne s'ouvrent pas. Le Plénimythe est trop haut pour être approché. Parmi les distingués et les archivistes circulent quelques personnes qui ne portent ni l'un ni l'autre habit : des visiteurs munis d'une autorisation du collège ou du roi, escortés d'un archiviste qui leur désigne ce qu'ils ont le droit de lire. Et des étagères, un peu partout, ont l'air de coulisser.
Someul, lui, va demander à un archiviste des ouvrages sur les créatures de la nuit, zombies, vampires et esprits des affres. La question fait lever un sourcil : ce n'est pas un sujet conseillé, encore moins à un première année, qu'on renvoie vers des lectures de son niveau. Ses deux camarades le regardent en coin.
Des livres qu'il faut dresser
Le cours commence autour d'une grande table, une dizaine de distingués silencieux. Adeliphas Bonjoyeux, mage archiviste jovial et bedonnant aux mains gantées de cuir, se réjouit de recevoir des première année intéressés par une vocation qui tombe un peu dans l'oubli.
Il vient à l'essentiel en tirant sur la chaîne d'un gros grimoire. Les livres magiques, grimoires, rouleaux d'études et parchemins d'enchantement, tiennent quelque chose de leur auteur, de son état d'esprit au moment de l'écriture et du sujet traité. Certains sont colériques, d'autres timides, mais tous ont une volonté propre et n'en font qu'à leur tête. Il faut donc les contenir et les dresser, changer parfois leur reliure. Les plus puissants dorment sous plusieurs couches de métal ou enchaînés au sous-sol, les traités de magie érotique se conservent dans des cuves de glaçons pour qu'ils ne s'enflamment pas, et les plus timides, très petits, tremblent et refusent de s'ouvrir. Rien de tout cela ne vaut pour un livre ordinaire écrit par quelqu'un qui n'est pas mage.
Ce qu'on sait du Plénimythe
Interrogé sur les ouvrages qu'on interdit, Bonjoyeux montre ce qui flotte au-dessus de leurs têtes. Personne ne sait d'où vient le Plénimythe, qui l'a écrit ni ce qu'il est. Il contient tous les savoirs de la magie, certaines de ses pages émanent d'autres dimensions, et on peut l'ouvrir indéfiniment sans jamais tomber deux fois sur les mêmes. Il est à la croisée de toutes les magies, celle de l'esprit comprise.
Lui-même ne l'a consulté qu'une fois, jeune archiviste, et évite d'y repenser : des mots et des pages se sont gravés dans son esprit, et y revenir lui donne la sensation d'être aspiré. Il n'a jamais tué personne, mais c'est une puissance qu'on ne contrôle pas, et entre de mauvaises mains elle servirait à de mauvaises fins. Les archivistes y ont accès de loin en loin, les archimages surtout.
Il explique dans la foulée pourquoi la bibliothèque existe. Avant elle, les mages n'étaient pas regroupés et s'échangeaient leurs livres en les téléportant. Des ouvrages doués de volonté arrivaient chez des rivaux, chez des rois étrangers, poursuivaient des paysans dans leurs champs. Les plus puissants se perdaient dans les couloirs du temps et reparaissaient des années plus tard, certains avant même d'avoir été envoyés, ce qui donnait deux exemplaires du même livre et distordait le tissu de la réalité. Maurice Point-du-Nez, l'un des premiers directeurs du collège, a fait construire la bibliothèque pour y mettre fin.
Un livre chacun
Bonjoyeux pose sur la table un lot d'ouvrages sans grande valeur et des instruments de toutes sortes, et attribue un livre à chacun. Someul hérite d'un petit volume blanc au titre effacé, un traité solitaire d'Edmund du Bosquet. Neptune reçoit un gros livre noir de volcanologie qu'elle échange aussitôt avec son voisin contre un traité de Gabriel Vivalur sur le rapport entre agilité et pratique de l'art. Chelinka reçoit une étude épaisse des familiers magiques, à la couverture de cuir craquelée, signée d'un certain Richard Vieuxfélin.
Le livre de Someul tremble et cherche à se cacher sous ceux des autres. Il descend à sa hauteur, lui parle doucement, tend la main sans le toucher. Le livre recule, revient, le renifle et finit par lui effleurer le doigt du coin de sa reliure. Apprenant de Bonjoyeux que du Bosquet était un reclus qui aimait la nature, il pose une plante en pot à côté de lui, et le livre s'ouvre.
Chelinka approche la main du sien, qui fait une roulade et s'ouvre en grand. Elle le gratouille, il se referme d'un coup sec sur ses doigts et lui coûte un point de vie. Elle finit par l'attraper par la reliure comme on prend un chat par la peau du cou, et il se laisse lire. Bonjoyeux la donne en exemple aux autres : voilà de la pédagogie, il n'est pas toujours nécessaire de contraindre.
Le livre de Neptune, lui, part en courant sur la table, escalade les rayonnages et se balance à son signet d'étagère en étagère. Elle l'attrape à l'épuisette, tente de s'asseoir dessus et le manque, obtient de Chelinka une boîte de dalles dressées autour de lui, et tente d'appeler son dieu, qui ne répond pas dans les murs du collège. Bonjoyeux lui rappelle que contenir un livre ne suffit pas, qu'il faut aussi le lire, puis lui suggère de se réorienter si la discipline n'est pas pour elle. Elle fait abattre les barrières et écrase le signet du talon au moment où le livre jaillit, si vite que l'archiviste le croit passé au-dessus de sa tête, et il salue la capacité d'adaptation. Elle le feuillette à toute allure, à la vitesse qu'aimait son auteur, et parvient à le lire.
Le voisin qui a récupéré le traité de volcanologie s'en tire moins bien : il finit la joue gonflée et la lèvre ouverte, et jette à Neptune un regard noir en sortant.
Le redoublant
Le cours fini, Bonjoyeux annonce le suivant, sur la conservation et le dressage, et invite le groupe à revenir consulter ses livres quand il voudra : ils se souviendront d'eux. Reste à rejoindre la pratique magique en bas de la falaise, où Neptune doit encore choisir sa spécialité.
Avant de sortir, Chelinka repère le distingué que Beckett avait fixé pendant son discours, Josh Davenport, celui qui refait sa première année, et va lui parler. L'épisode s'arrête là.
Facts
- Le collège des mages est ouvertement inspiré de l'université de l'invisible des Annales du Disque-monde de Terry Pratchett, d'où viennent les livres érotiques conservés dans la glace, et de Poudlard pour le reste.
- Le maître du jeu cherche en direct le nom de l'objet qui flotte au milieu de la bibliothèque, et le trouve : une sphère armillaire.
- La table lance sur son compte Instagram le jeudi PNJ, une publication ouverte vingt-quatre heures où les auditeurs proposent un personnage, dont un est tiré au sort tous les deux épisodes pour être intégré à la campagne. Le procédé remplace les propositions laissées en commentaire sur Apple Podcasts.
- Le podcast est classé dans la catégorie humour de Spotify.
Références
https://open.spotify.com/episode/1WVjhBTpDRCCwsu1brGPzw?si=lFVqdbK2T-KKX2qsNbhR8w