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Lieux

L’officine de l’union mécanique

Grand bâtiment de pierre dressé au centre du quartier des mécaniciens, où se rejoint le réseau de tuyaux de cuivre qui parcourt les branches de l’étoile que forme le quartier.

Il y a quelques centaines d’années, le palatinat a jugé qu’il valait mieux pour tous que les mécaniciens cessent de travailler chacun dans son coin, à des prix qui n’avaient rien à voir. Depuis, tous répondent à cette maison unique, et aucune commande ne se passe autrement : un concepteur apporte son plan, une tuyère négocie le prix et le délai, roule le plan dans un cylindre et l’expédie par tuyau jusqu’à un atelier, où le maître mécanicien répartit le travail. N’importe qui peut commander, à condition de savoir dessiner ce qu’il veut.

Trois étages se partagent l’innovation sabrine. Les mécènes, familles fortunées, financent des concepteurs dans l’espoir qu’un jour l’un d’eux ait l’idée qui révolutionnera le pays. Les concepteurs ont les idées et les plans, pas les mains, et vivent dans la peur du vol d’idées : les plans sont donc détruits sitôt la commande livrée, par une branche du réseau qui aboutit dans une cuve où le papier brûle et le cuivre fond pour être refait. Les mécaniciens, de très loin les plus nombreux, fabriquent. Entre les deux, une bonne centaine de tuyères. Au-dessus de tout le monde, le précurseur, Alexander Faust.

L’intérieur

Des milliers de tubes de métal brillant tissent une toile de cuivre au plafond, percent les murs et plongent d’un coup vers le sol en une colonne dense, comme les tuyaux du plus grand orgue du monde. Autour, des bureaux en cercles concentriques, des rangées d’étagères qui se perdent dans le plafond, et des nuées d’araignées mécaniques qui escaladent les parois pour archiver, classer et déplacer les documents.

Les deux mondes ne se mélangent pas. Derrière les bureaux, les tuyères en chemise claire et écharpe verte, calmes et imperturbables, échangent des cylindres et comptent l’argent, parfois des coffres entiers. Devant, une foule de concepteurs en costume gris anthracite à ornements d’argent, les bras chargés de rouleaux et de pochettes de cuir, pressés et inquiets, occupés à dissimuler leurs papiers des regards voisins : entre eux, quelques croche-pattes, quelques coups de canne et même quelques gifles, donnés et reçus avec le plus grand sérieux.

Les archives des commandes sont conservées sur place, par obligation légale, alors que les plans sont brûlés.

Ce qui se vend au quartier

Le quartier n’a qu’une boutique, à son entrée : celle des objets rejetés, où l’on met ce qu’un défaut a fait refuser par son commanditaire plutôt que de le détruire. Les défauts vont du choc sur la coque à l’objet qui ne fonctionne pas du tout, et le vendeur les défend tous comme mineurs.

Les objets que les concepteurs ne réclament jamais, ou refusent de payer à la livraison, partent aux enchères dans un bâtiment à l’écart, au débit d’un commissaire-priseur.

L’effondrement

S03E26

Chelinka fait tomber par la magie de l’air un parchemin perché à cinq ou six hauteurs d’homme dans les bibliothèques du hall, et emporte avec lui tout le reste. La bibliothèque tremble, puis les voisines, puis toutes celles du mur circulaire : les araignées se décrochent du plafond, les parchemins dégringolent, les tuyères fuient en attrapant ce qu’elles peuvent, et les étagères s’effondrent dans des gerbes de poussière. Personne n’est blessé, mais les archives sont détruites et la moitié des tuyaux arrachés de leur base.

Le quartier reste dehors, partagé entre le choc et la question de savoir comment l’union mécanique va continuer de fonctionner, et comment le pays va tenir son économie sans elle. Les objets commandés le matin ne seront pas livrés.